Juil 282017
 

Cet article est un article invité rédigé par un lecteur du blog : Alex. C’est donc lui qui s’exprime à travers les « je ». J’ai accueilli avec plaisir sa proposition d’écriture de cet article, car il avait trouvé peu d’informations sur ce chemin en français et que son aventure est très intéressante. Et… un peu par nostalgie aussi (je l’avoue), ayant parcouru certaines portions de celui-ci quand j’habitais dans cette région du monde.

Même si ce n’est pas un projet que vous envisagez, la lecture est très agréable et enrichissante. Clignement d'œil

1 – A la poursuite du serpent arc-en-ciel !

Au vu de la ligne éditorial de Randonner Malin j’ai préféré faire dans un premier temps une présentation très succincte de mon aventure, puis me consacrer à décrire tous les aspects techniques, et donner des informations pratiques et conseils autours du Bibbulmun Track en général.

Il y a deux ans, en lisant un récit d’aventures écrit par Sarah Marquis, j’ai eu connaissance d’une piste balisée qui s’étire sur 1000 kilomètres entre les villes de Perth et Albany en plein cœur de l’Australie Occidentale. Le Bibbulmun track, m’a tout de suite fait rêver et, en 2016, j’ai décidé de me lancer…

Le problème, c’est que je n’y connaissais pas grand-chose. J’avais bien eu l’occasion une fois ou deux de me balader à la journée en montagne, mais là, il s’agissait d’autre chose. La première section de la piste donne le ton, 142 kilomètres en autonomie, il fallait tout apprendre. À la sortie de l’hiver le matériel est prêt, dans les grandes lignes… L’idée est de profiter du printemps et de l’été pour gagner en expérience pratique, c’est bien beau la théorie dans son canapé, devant son ordinateur, mais rien ne vaut le terrain.

Mon matériel 10 Kg sans l’eau et la nourriture.
Mon matériel : 10 Kg sans l’eau et la nourriture.

Mes premières sorties sont à la journée, avec des briques de lait pour alourdir le sac. La région bordelaise offre de superbes balades, au bord du lac d’Hourtin ou en bord d’océan. Les premiers problèmes physiques apparaissent, c’est comme si mon corps se réveillait d’un coma. Après quelques kilomètres, je suis bon pour boiter pendant 48 h. Des douleurs qui ne trouvent aucune explication et qui disparaissent sans raison évidente. Est-ce que mon corps essaye de me faire passer un message ?

(Note de François : la progressivité est un des principes important de toute préparation physique : “9+1 principes de préparation physique pour la randonnée”)

Le temps passe vite, il faut dire qu’entre l’achat du matériel, les billets d’avion, l’assurance, le visa, la logistique avant/pendant/après, et en plus mon déménagement, j’ai des week-ends bien chargés. Au milieu de l’été, je n’ai fait qu’une randonnée en autonomie sur quatre jours dans la Sierra de Guara, un parc naturel magnifique à quelques heures de la frontière espagnol. C’est une belle occasion de tester le matériel et de me tester, et comme tout se passe bien, je suis confiant.

Le vendredi 15 juillet, je me lève de bonne heure pour profiter du pont et avancer dans mes préparatifs. Malheureusement, mon entrain et ma bonne humeur ont vite été anéantis à l’écoute des informations. Comme tout le monde, l’attentat à Nice m’a bouleversé, révulsé, révolté… puis est venu le temps de l’impuissance. Que faire face à de telles situations ? Comment moi, simple citoyen de ce monde puis-je lutter contre cette barbarie ? Les questions ont trotté dans ma tête une bonne partie de la journée, et puis j’en suis venu à la conclusion suivante : « Je peux certainement aider, ceux qui savent comment aider. »

Aider les victimes et les familles des victimes, mais aussi lutter contre le terrorisme en informant, en sensibilisant l’opinion publique des dangers de la radicalisation et de l’embrigadement terroriste, cela fait partie des missions que se sont fixées les membres de l’Association française des Victimes du Terrorisme (AfVT.org).

Je décide de contacter cette association et leur propose d’utiliser ma marche comme prétexte pour lever des fonds. Ils acceptent volontiers et en quelques semaines la somme de 1000 euros est promise à la condition que je parcoure l’intégralité des 1000 km du Bibbulmun Track.

A mon arrivée à Perth début octobre, je me donne une semaine pour partir. Avant, il me faut préparer et expédier des colis de nourriture dans des lieux clefs où il sera difficile d’avoir autre chose que des boîtes de conserve. J’achète également les quelques équipements qu’il me manque (gants, bonnet, réchaud) et je rencontre des volontaires de la « Bibbulmun Track Foundation », l’association qui gère le chemin. J’en profite pour devenir membre, une façon également de les aider, sachant que tout sur la piste est gratuit.

Environ 60 déjeuners et dîners prêts à être expédiés
Environ 60 déjeuners et dîners prêts à être expédiés

Le 7 octobre, me voilà au point de départ nord, dans le petit village de Kalamunda, environ 25 kilomètres à l’est de Perth. Le premier refuge est à 10 kilomètres, il est 15h et immédiatement l’émerveillement est au rendez-vous. En deux heures, je croise des perroquets, des cacatoès roses, des kangourous. Tout ce beau monde fait sa vie dans une nature luxuriante, où chaque espèce d’arbre m’est inconnue et chaque paysage est un nouveau tableau à découvrir.

Forêt de Karri au crépuscule
Forêt de karri au crépuscule

Les jours et les kilomètres s’enchaînent, je suis en forme et très vite je tombe dans le piège de tout débutant… trop vite, trop long. (Note de François : une des 2 erreurs classiques quand on débute). Au bout de 300 kilomètres, je suis contraint de m’arrêter totalement pendant 7 jours pour espérer « guérir » de la tendinite du tibial antérieur qui m’empêche de faire un pas de plus. L’occasion de réfléchir, de remettre en question ma façon de faire et de croiser les doigts…

Heureusement, après 15 jours de marche sans jamais dépasser les 3 km/h, la douleur se fait gêne et je continue sans trop souffrir. Les paysages défilent et à chaque jour sa petite histoire, ses rencontres ou sa solitude. Plus je m’éloigne de Perth, moins je croise de monde. Je finis par dormir seul tous les soirs et je m’habitue plus ou moins facilement à ne voir quelqu’un que tous les deux ou trois jours.

Le bush
Le bush

Une certaine routine s’installe. Cela peut paraître paradoxal dans une telle aventure, mais je crois que l’homme est ainsi fait qu’il a besoin d’habitudes auxquelles se raccrocher. Ce sont ces petites choses, ces façons de faire immuables, qui font qu’un jour alors que tout change autour de vous en permanence, vous vous sentez chez vous sur la piste.

Au bout d’un mois de marche, j’arrive à l’océan Indien. Le plus gros du chemin est fait et c’est avec une grande conscience de ma chance que je parcoure les 300 derniers kilomètres. J’achète une petite canne à pêche et tente en vain de manger autre chose que des sardines en boîte. Je me baigne régulièrement et profite du soleil de début d’été.

Il ne suffit pas d’avoir une canne à pêche pour pêcher…
Il ne suffit pas d’avoir une canne à pêche pour pêcher…

Bientôt, je suis au bout de mon voyage, au bout de ce rêve. J’ai parcouru 1000 km en 63 jours, ce n’est clairement pas un record, mais ce n’était pas une course, c’était un apprentissage.

2 – Les infos pratiques

Dans cette deuxième partie, j’ai souhaité donner des astuces et conseils, mais également mon ressenti. En effet, lorsque j’ai préparé cette randonnée, je me suis rendu compte que les meilleures informations proviennent du site de la « Bibbulmun Track Foundation », mais que tout est en anglais. De plus, il y a parfois étonnamment peu de conseils pratiques sur les animaux, ou bien sur la possibilité de faire du feu par exemple.

Rencontres

Il y a deux questions que l’on m’a énormément posées avant mon départ :

– Vas-tu voir du monde, rencontrer des gens ?

– Vas-tu supporter d’être seul pendant un certain temps ?

Autant je peux vous donner des éléments sur la première interrogation, autant je ne peux pas vous dire comment vous vivrez la solitude ou l’isolement. C’est quelque chose de très personnel et chacun le supporte à sa manière. Je vais donc uniquement tenter de répondre à la question : Vas-tu voir du monde, rencontrer des gens ?

Pour commencer quelques chiffres :

– Le nombre annuel de randonneurs utilisant la piste est estimé à environ 170000.

– Le nombre annuel de « End-to-Enders », c’est-à-dire celles et ceux qui vont parcourir la piste de bout en bout, ne dépasse jamais les 500.

Donc dans l’immense majorité les utilisateurs de la piste sont en balade à la journée ou sur quelques jours. À titre de comparaison, en 2016, ce sont 277 915 pèlerins qui ont été comptabilisés par le bureau des pèlerins à Saint-Jacques, et ce chiffre ne prend pas en compte ceux qui se baladent quelques jours sur les sentiers menant à Compostelle !

Donc d’un point de vue purement statistique, il n’y a pas grand monde sur le Bibbulmun Track, et cela est d’autant plus vrai que l’on s’éloigne de Perth.

Pourtant, dès le premier soir, je partage le refuge avec Natascha, une Suisse Allemande qui fera également l’intégralité de la piste. Durant les 15 premiers jours, nous ne marchons pas ensemble, mais nous nous retrouvons la plupart du temps dans le même refuge en fin de journée. Le courant passe bien, et pouvoir partager son ressenti avec quelqu’un le soir est très agréable.

Ainsi, sur la première partie du voyage les rencontres sont courantes. Il y a beaucoup d’Australiens et contrairement à la semaine que j’ai passée à Perth, ici les gens sont en promenade, ils sont décontractés, les rencontres sont joviales et permettent de véritables échanges.

Ce soir-là je partage le refuge avec 10 autres randonneurs - Bibbulmun track
Ce soir-là je partage le refuge avec 10 autres randonneurs

A contrario, plus je m’éloigne de Perth plus je suis seul sur le chemin. J’ai eu des périodes sans aucune rencontre pendant parfois 3-4 jours. Bien sûr, chacun a une expérience différente et, par exemple, Natascha (que j’ai revue par la suite) m’a dit avoir dormi tous les soirs et sur l’intégralité du parcours avec quelqu’un dans les refuges, à l’opposé donc de mon expérience très solitaire.

Par ailleurs, on croise toutes sortes de personnages sur le Bibbulmun Track, du professeur d’université, à l’ouvrier dans le bâtiment, du groupe de 15 scouts, au voyageur solitaire qui plante sa tente loin du refuge alors que je suis seul à dormir dedans. J’ai trouvé très intéressant de noter qu’énormément des « End-to-Enders », sont des femmes seules de tous âges. Notons également qu’il y a énormément de retraités qui pour la plupart compléteront leur End-to-End en plusieurs fois sur plusieurs années.

Refuges, bivouacs et hébergements

Tout au long du chemin, vous trouverez des petits refuges pour passer la nuit (au total 49). Ces abris s’apparentent généralement à de simples cabanes en bois ouvertes sur l’extérieur. Dans ces refuges, il y a toujours au moins une table et un plancher en bois surélevé pour dormir, une à deux citernes d’eau de pluie et à l’écart des toilettes sèches. Par ailleurs, il y a également toujours une zone aménagée pour planter entre 5 et 10 tentes.

Le refuge sur pilotis de « Frankland River » - Bibbulmun track
Le refuge sur pilotis de « Frankland River »

Concernant le bivouac, à mon avis, il est globalement toléré partout à l’exception de certaines zones très proches de points de captation d’eau où là l’interdiction est très claire (panneaux, clôture…).

À l’arrivée dans les villes, il vous faudra trouver un hébergement, en effet, il n’y a aucun refuge et le camping sauvage me semble peu conseillé. Il existe toujours au moins une solution d’hébergement peu chère, type auberge de jeunesse ou camping, dans chaque ville et village traversés. Le prix d’une chambre en solo tourne autour de 40$AUD la nuit et 15$AUD pour une place au camping. À noter, qu’il existe un guide, vendu sur le site de la « Bibbulmun Track Foundation », qui répertorie tous les hébergements et magasins pour chaque zone urbaine traversée. Malheureusement, il a été édité il y a plusieurs années et les prix ne sont plus du tout à jour.

Balisage et difficultés

Globalement, le parcours est très bien balisé, avec des flèches jaunes réfléchissantes représentant un « waugal » (en français le serpent arc-en-ciel, un être très important dans la mythologie aborigène). Ces marqueurs indiquent la direction à chaque intersection ou au moins tous les 500 mètres.

Par ailleurs, j’ai trouvé que la piste était très bien entretenue. Néanmoins, il est arrivé que des sections soient rendues difficiles par des chutes d’arbres, des éboulements ou des inondations, mais je préfère souligner que c’est anecdotique comparé aux 1000 km de piste.

Enfin, il faut garder à l’esprit que les incendies ou les feux volontairement déclenchés par les pompiers (pour diminuer le potentiel incendiaire de la forêt) sont courants dans la région et que, par conséquent, il peut y avoir des sections complètement fermées au public pendant parfois plusieurs semaines. Des itinéraires secondaires sont alors mis en place avec un balisage temporaire. C’est vraiment très bien organisé et la probabilité de s’engager sur une section « interdite » sans le vouloir est faible (panneau d’information, ruban pour bloquer le passage…).

Panneau indiquant qu’un feu est planifié dans la zone
Panneau indiquant qu’un feu est planifié dans la zone

Sécurité

Je ne vais pas parler ici des risques liés à l’activité elle-même (accident, blessure, maladie…), mais plutôt des risques liés au facteur humain.

À aucun moment je me suis senti en danger sur la piste. Pour en avoir parlé avec les « End-to-Enders » (homme ou femme) que j’ai rencontrés, c’est un sentiment partagé. Plusieurs Australiens m’ont spontanément expliqué que le « Bibbulmun Track » fait partie de l’un des sentiers les plus sûrs d’Australie. Paradoxalement, l’isolement de la piste en est certainement l’explication. La grande majorité des refuges sont à plusieurs heures de marche d’un accès routier. Il en découle, que ceux qui s’y trouvent sont nécessairement venus à pied (randonneur = gentil), voire que vous y serez complètement seul.

Solution de réchaud

À gaz : C’est la solution que j’ai utilisée sur les 300 premiers kilomètres. Il faut savoir que l’on trouve dans le Western Australia, entre autres, les mêmes bouteilles qu’en France, c’est-à-dire celles avec une petite vis sur le dessus. Le problème de cette solution, c’est qu’il est illégal d’envoyer du gaz par la poste et que, plus on va vers le sud plus il est difficile de trouver ce type de bouteilles. Par conséquent, j’avais téléphoné à plusieurs petits commerces sur le chemin pour réserver une bouteille tous les 10 jours environ. Cela ne posait aucun problème, mais sur certaines portions de la piste, il m’aurait fallu en prendre une d’avance, car je n’avais pas de solution pour en retrouver un peu plus loin.

À alcool : C’est certainement le combustible le plus facile à trouver sur tout le voyage. La plupart, des australiens l’utilisent avec des réchauds à alcool basiques. Après 300 kilomètres, j’ai renvoyé mon réchaud à gaz et je me suis fabriqué un P3RS avec une canette de Coca (Note de François : lien vers la vidéo). J’avais déjà utilisé ce réchaud en France (grâce à Randonner Malin), mais je n’avais pas osé le prendre pour un si long périple. Au final, c’est le réchaud parfait pour ce genre d’aventure et l’on trouve toujours un petit coin sans trop de vent pour l’utiliser. Simple, léger et pas cher, j’ai convaincu quelques australiens pour sûr ;-).

Merci randonner-malin.com pour le tutoriel vidéo !
Merci randonner-malin.com pour le tutoriel vidéo !

Le bois : Il est très souvent possible de faire du feu en le plaçant dans de gros cylindres en béton ou en fonte de 30 cm de haut mis à disposition à côté des refuges. Attention tout de même, cela ne peut être une solution pour tout le parcours, en effet, arrivé à la côte et/ou en été, il n’est plus possible de faire du feu. Par ailleurs, il est interdit de faire un feu ailleurs qu’au refuge. Je ne sais pas comment serait toléré un réchaud à bois, surtout dans le sud.

Exemple d’un foyer à l’extérieur d’un refuge
Exemple d’un foyer à l’extérieur d’un refuge

L’eau

Attention : Les remarques ci-dessous sont valables pour une randonnée en hiver ou au printemps. En été et jusqu’en automne, il pleut peu et bon nombre de points d’eau (citerne, rivière, lac) se retrouvent à sec.

La présence de citernes qui récupèrent l’eau de pluie à côté de chaque refuge permet de disposer d’eau environ tous les 20-25 km. L’hiver, les pluies remplissent à ras bord les cuves de 4000 L (parfois plus) et je n’ai jamais manqué d’eau. Il faut, malgré tout, faire attention, car il peut arriver qu’une cuve soit vide, du fait d’un robinet qui fuit par exemple, ou que l’eau ne soit pas potable (cendres, petit animal mort).

De mon expérience, dans un sens nord-sud, les 500 premiers kilomètres ne posent aucun problème, même en cas de citerne sèche. En effet, il y a beaucoup de rivières claires où l’on peut se ravitailler. En revanche, en arrivant près de la côte – et c’est encore plus vrai en bord de côte – les points d’eau naturels se font plus rares et certains peuvent contenir tellement de minéraux qu’ils sont salés.

Lieu-dit « cascade »
Lieu dit « cascade »

Dans tous les cas, je conseille d’être attentif aux possibilités de ravitaillement tout le long du chemin et d’essayer de toujours finir la journée avec un litre d’eau qui, le cas échéant, vous permettra de rejoindre un autre point d’eau.

Enfin, sachez que je n’ai jamais traité l’eau des citernes. J’avais des pastilles de Micropur que j’utilisais pour traiter les eaux de rivières uniquement. Il y a un risque que l’eau soit contaminée notamment par de petites bestioles qui pourraient mourir sur le toit du refuge et finir dans la cuve, mais les gouttières sont protégées par des filets, ce qui réduit le risque.

Ravitaillement

Lorsque l’on regarde avec attention la piste sur une carte, on se rend compte qu’elle a été pensée non pas pour éviter les zones peuplées mais plutôt pour passer par les quelques villages de la région. La piste est donc divisée en sections, qui généralement constituent une distance allant de 50 à 200 kilomètres entre deux agglomérations. Ces villages ou petites villes sont donc vos seules chances de vous ravitailler. Certaines villes sont assez conséquentes pour proposer un vrai choix et permettre de partir à peu près léger, d’autres sont si petites que votre seul choix se résumera à des boîtes de corned-beef et du riz.

Il est tout à fait possible d’expédier votre ravitaillement en avance de Perth ou bien depuis la dernière grosse ville où vous étiez. On appelle cela un « food-drop ». Les hôteliers, responsables de camping ou bien les offices de tourisme acceptent généralement de vous garder votre colis en attendant que vous arriviez. J’ai personnellement expédié 6 colis de Perth et certains paquets m’ont attendu plus d’un mois et demi.

Les avantages de cette technique :

  • Avoir un vrai choix alimentaire et pouvoir être plus léger.
  • Profiter des prix plus intéressants dans les grandes surfaces, comparés aux supérettes de villages, même en prenant en compte le coût de l’expédition.

Les inconvénients du « Food-drop » :

  • Coût de l’envoi (fonction de la distance bien sûr).
  • Impossibilité de changer a posteriori ce que l’on a comme ravitaillement. À la fin de la marche, je commençais franchement à être lassé de ce que j’avais préparé un mois et demi auparavant, mais je n’avais plus le choix.

Enfin, il est important de dire qu’il est quasiment impossible d’amener de la nourriture avec soi en Australie depuis la France. En effet, les douanes australiennes sont très strictes concernant l’importation de produits frais type saucisson, fromage, etc. Les seuls produits que vous pourriez amener sont largement disponibles en Australie et il vaut mieux les acheter sur place, il me semble.

Vie sauvage

Quelque chose qui m’a beaucoup marqué lors de cette randonnée, c’est le nombre important d’animaux que l’on croise. La flore est bien plus importante et facile à voir qu’en France. J’ai par exemple, vu quasiment tous les jours des kangourous ou des wallabies. Il y a énormément d’oiseaux, on voit très souvent des groupes de cacatoès ou bien des perroquets. Avec un peu de chance, vous pourrez aussi voir des varans ou encore des geckos. Dans la grande majorité, toutes ces rencontres sont absolument sans danger, néanmoins il y a quelques risques et quelques comportements à connaître pour votre sécurité et le respect de cette vie sauvage.

Cacatoès Banksien
Cacatoès Banksien

Kangourou et wallaby :

Les kangourous gris peuvent être assez impressionnants et mesurer jusqu’à 1,5 m de haut et peser jusqu’à 55 Kg. Néanmoins, la plupart sont très peureux et fuient très vite en vous voyant. Je considère que le risque que représente un kangourou gris est à peu près le même qu’une vache. Un wallaby est bien plus petit et est donc aussi dangereux qu’un petit poney ;-).

Émeu :

C’est un gros oiseau qui fait penser à une autruche. Il peut atteindre une taille de 1,90 m et peser jusqu’à 45 kg. On en croise peu et ils sont encore plus craintifs que les kangourous. Néanmoins, on m’a mis en garde, contre les adultes avec des petits. Ils peuvent avoir un comportement agressif pour protéger leurs poussins (un peu comme un sanglier avec ses marcassins). Notons que chez l’émeu, c’est le père qui s’occupe de la marmaille, c’est donc un papa poule…

Serpent :

Clairement si vous avez la phobie des serpents, l’intégralité du parcours n’est peut-être pas faite pour vous. En partant du nord, et parce qu’il faisait froid, je n’ai vu qu’un serpent en 600 km. Par contre, les 400 derniers kilomètres en arrivant à la côte sont « infestés ». J’en voyais une moyenne de 3 par jour. Le plus fréquent est le « tiger snake » qui peut être mortel, et qui, s’il se sent menacer, se redresse (un peu comme un cobra) et attaque. De mon expérience, 95 fois sur 100, le serpent vous sent arriver et se carapate très vite. Je reste même convaincu que dans la plupart des cas, je ne les voyais pas. Le seul problème serait de les surprendre et donc de se faire mordre de façon défensive.

Mes conseils sont d’être attentif à là où on pose le pied et de porter des guêtres. De plus, les bâtons de marche peuvent aider à les faire fuir, en effet, en frappant le sol, ils envoient des vibrations, tous comme vos pieds, et les serpents ressentent celles-ci et fuient.

Araignée et Scorpion :

Les araignées sont aussi très présentes, mais globalement on les voit ou remarque moins. Mes conseils sont : de regarder où l’on pose la main, de ne pas prendre de bâton par terre sans faire attention, de ne pas s’asseoir n’importe où…

(Note de François : pour information, une seule araignée est potentiellement mortelle en Australie Occidentale la « Redback spider » et les scorpions ne sont pas considérés comme étant mortels)

Rat, opossum et autres :

Sans ma mauvaise expérience (sac percé par un rat) je pense que je n’en aurais pas parlé, mais c’est un risque à prendre en compte. Il se peut que des rats ou d’autres rongeurs vivent sous ou à proximité de certains refuges. Rien de bien grave, sauf quand pendant la nuit, ils s’attaquent à votre sac et/ou embarquent votre nourriture.

Les meilleures techniques consistent : à ne rien laisser traîner la nuit, à ranger sa nourriture si possible dans les grosses boîtes hermétiques parfois mises à disposition dans les refuges et/ou à suspendre son sac.

Mouche et taon :

Dès qu’il fait chaud et en fonction des zones, il se peut qu’il y ait énormément de mouches et également des taons. Je vous conseille d’investir dans un « fly net », une sorte de moustiquaire faciale. C’est très efficace et cela évite de devenir littéralement fou. À noter quand même que bizarrement les mouches et les taons vous laisseront tranquille une fois au refuge et ce même s’il est complètement ouvert sur l’extérieur.

Equipez-vous d’un fly-net !
Equipez-vous d’un fly-net !

Moustique :

Idem, dès qu’il fait chaud, ils sont là, mais eux ne vous laissent pas en paix une fois au refuge. Je recommande vraiment d’avoir une moustiquaire et des vêtements longs.

Note de François : il est important de se renseigner sur les différents animaux dangereux, savoir les reconnaître un minimum et savoir quoi faire en cas de souci (morsure, piqûre, etc.). Ça vous permettra de réagir au mieux. Et ça marche dans les 2 sens :
– traiter une urgence s’il y a urgence ;
– et ne pas s’inquiéter s’il y a peu de risques ou s’il y a du temps avant que cela ne devienne une urgence.

Must have

Application utile : Je ne peux que vous conseiller de télécharger l’application gratuite « Field Guide to WA Fauna ». Elle vous permettra d’identifier les animaux que vous rencontrerez, et d’en apprendre plus sur leurs habitats, leurs régimes alimentaires, etc… Elle est extrêmement bien faite et très complète. Un « must have » !!!

Bush Tucker : Ce terme désigne tout ce qui est comestible dans le bush. Un petit fascicule détaillant chaque plante comestible et autre met de choix, est vendu sur le site de la « Bibbulmun Track Foundation ». Je vous le recommande également, on apprend beaucoup de chose et on se met plus facilement dans la peau des Aborigènes qui ont vécu sur ces terres en harmonie pendant des millénaires.

Voilà, j’espère que mon expérience et mes conseils vous donneront l’envie découvrir cette partie du monde. Une randonnée aussi longue est une expérience inoubliable et pleine d’inattendu, je ne peux que vous encourager à franchir le pas.

Enfin, si vous souhaitez avoir plus de détails sur mon aventure, n’hésitez pas à visiter mon blog www.end2end.me 

Merci, Alex.

  5 commentaires à “En solitaire sur les 1000 km du Bibbulmun Track (Australie)”

Commentaires (5)
  1. Quel superbe resume! J habite en wa et ai effectue la premiere partie il y a qqls annees. Ct ma premiere rando en independant et autonomie totale, je me rends compte maintenat qu’elle est llutot harsh. Je compte faire le reste a mon retour.

    Ps en 8 jours j’ai eu 5 jours d affilee sans ame qui vive, franchement incroyable comme experience de solitude. Execptionel!

  2. Waouh ! Tu nous donnes vraiment envie de faire cette randonnée,
    merci pour ce récit et tes conseils. 😉

  3. Super récit!

    Je suis actuellement en Australie (à Perth en plus!).
    J’ai pour projet de traverser la Nouvelle-Zélande à pied et je voulais m’entraîner pour les longues marches : grâce à ce récit, je crois avoir trouvé mon terrain de jeu…

    Merci beaucoup pour ce partage 😀

    • Salut,

      Je suppose que tu fais références au Te araroa (https://www.teararoa.org.nz). C’est à priori une superbe randonnée (3000 km) Natacha la Suisse Allemande du récit la fait à la suite du Bibbulmun Track et à trouver que c’était encore mieux.

      C’est aussi un projet que j’ai dans un coin de ma tête. Le Bibbulmun Track est un bon entraînement je pense.

      Heureux que le récit vous ai plu.

      • Re!

        Oui, c’est exactement ça, merci beaucoup le lien!

        J’espère que ton projet de parcourir le Te araroa se concrétisera, pour ma part, j’ai vraiment hâte d’y être.

        Bonne randonnée pour la suite!

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