mai 132012
 

Un tour de France à pied à la rencontre des gens, en découvrant des régions et en soutien à des personnes handicapées. Voici le projet très complet d’Aurélie et Laurent que vous allez découvrir dans cette interview très intéressante parsemée d’anecdotes. Au moment de l’interview, ils ont déjà parcouru plus de 3500 km !

Vous pouvez retrouver Aurélie et Laurent sur leur site internet dédié à ce tour de France à pied : http://tourdefranceapied.com/

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(Crédit musique Zionoiz)

Transcription texte de l’interview

François Jourjon : Bonjour et bienvenue dans cette nouvelle interview du blog Randonner Malin. Alors aujourd’hui, je suis avec Aurélie. Aurélie et son compagnon Laurent sont en fait en train de faire un tour de France à pied. Bonjour Aurélie.

Aurélie : Bonjour

François Jourjon : Ça va ?

Aurélie : Très bien et toi ?

François Jourjon : Ca va, ça va. Ça se passe bien alors pour l’instant ?

Aurélie : Oui, ça se passe bien. On est dans le sud de la France en ce moment. On a parcouru plus de 3500 km. On est en train d’arriver sur Marseille là. Donc voilà, tout le côté Atlantique, les Pyrénées, on a traversé les Pyrénées et là ça fait 10 jours qu’on est sur le bassin Méditerranéen.

Laurent, il est pas là pour l’instant, il est parti avec nos hôtes.

François Jourjon : En fait, tous les soirs vous avez des hôtes c’est ça ?

Aurélie : Oui, souvent on est avec des personnes qui nous hébergent. C’est le principe, c’est de rencontrer le plus de gens possible, de pouvoir partager notre expérience et puis eux leur quotidien. Comme ça, ça permet de rencontrer des vrais passionnés de leur région.

On a dormi avec des gens qui sont spécialistes des huîtres, on a rencontré des gens qui sont spécialistes de la Baie de Somme, des personnes qui viennent du pays Basque. Et donc, ils nous font découvrir leur région, donc c’est chouette.

François Jourjon : Oui, c’est sympa. Ça vous est venu comment cette idée de faire le tour de France ?

Aurélie : Ben, en fait à l’origine, c’est une idée de Laurent. Lui, il a fait ce type de voyages pendant 12-13 ans. Il a parcouru l’Amérique du Sud, en fait il a traversé la Cordillère des Andes sur 6000 km à la recherche de la grande route Inca – c’est sa dernière expédition. Avant ça, il est parti en Alaska, il a remonté toute l’Alaska à cheval. Il avait traversé les Etats-Unis aussi d’Est en Ouest. Il avait fait aussi une traversée Paris-Tokyo. Enfin voilà, il a fait différentes choses.

Et pendant un moment, il était basé en Bretagne. Et en Bretagne, tu sais, il y a le sentier des douaniers qui passe. Et très souvent, il allait courir sur le sentier et il s’est dit « tiens, c’est un beau chemin, ça va loin et tout, ça pourrait être sympa de le suivre et de voir jusqu’où il va ». Et en fait, en se renseignant un peu, il s’est rendu compte que le chemin faisait toute la côte, il faisait vraiment toute la côte Atlantique – que c’était possible de le suivre. Et de là, lui est venu l’idée folle de dire « tiens, et si on faisait tout le tour de la France en suivant les frontières ». De là, il s’est rendu compte en plus que ça n’avait pas été fait. Souvent, on croise des gens qui nous disent « Ah oui, moi aussi j’ai fait le même chemin, le même principe, mais souvent, ce sont des gens qui partent 3 semaines, 1 mois par an et tous les ans ils font une portion.

François : Ah d’accord, et pareil ils suivent les frontières ?

Aurélie : Ouai, au plus proche possible. Souvent, ils suivent le sentier du littoral, mais ça n’avait jamais été fait en une fois, d’un coup tu vois.

François : D’accord, en même temps, je n’en avais pas entendu parler moi avant non plus. Mais j’avais été surpris la première fois que j’avais vu ça. J’avais vu « Tour de France à pied », j’avais fait « oula ». C’était long, un beau projet. Après, j’avais regardé un peu plus comment vous faisiez. Parce qu’au début, j’avais peur – enfin peur – je pensais que vous faisiez ça en tente alors que là vous avez, parce que au niveau psychologique ça ne doit pas être facile parce que l’interaction sociale est quand même limitée quand tu dors en tente le soir. Là, le fait d’avoir des hôtes, ça doit être sympa parce que tu ne deviens pas fou dans ton coin.

Aurélie : C’est primordial. En fait, on avait pensé de faire ça en tente. Il y a deux raisons pour lesquelles on a décidé de ne pas le faire de cette manière-là. Déjà, parce que nous on portait tout sur notre dos, donc avoir en plus la tente, les sacs de couchage, les réchauds, tout pour être autonome, ça vient juste plomber ton sac à dos. Donc, de là on s’est dit « waouh, ça va être hyper compliqué ». Et en plus, effectivement, ce qui nous a décidé c’est que l’on s’est dit « non, on n’a pas envie de le vivre dans notre bulle ». Comme tu dis, être dans ta tente tous les soirs, tu as un côté très aventure, mais en même temps tu te recroquevilles vite sur toi-même. Et nous, on avait vraiment envie d’aller à la rencontre des gens, de créer des rencontres, de découvrir un peu les régions aussi à travers les gens qu’on allait rencontrer.

Et donc, à partir de là, le plus intéressant c’est de passer une soirée ensemble, 1 jour, 2 jours ensemble et de dormir chez eux. Ce qui est sympa, c’est que c’est un véritable échange qui se passe. Bien sûr, eux sont très curieux de savoir pourquoi on est partis, ce qu’on faisait avant, par où on est passés, ou est-ce qu’on va aller, tout ça…

Et nous, on est hyper curieux de voir où ils habitent, leur région, pourquoi ils ont choisi ce coin. Parce que, quand on était sur la côte Atlantique essentiellement, les personnes qu’on a rencontrées, c’est un vrai choix qu’ils ont fait d’aller au fin fond de la Bretagne, d’aller dans le Morbihan, tout ça. Et c’est souvent lié à leur passion pour la mer, à leur passion pour leur métier, leur passion pour la nature, pour le sport. Tandis que ceux qui viennent des grandes villes ou dans des régions avec moins de caractère, c’est lié à un mouvement social ou à leur métier qui se fait là. Mais les gens qu’on a rencontrés sur la côte ou dans la montagne, c’est vraiment un vrai choix.

François : D’accord, c’est intéressant. En même temps, ça m’étonne pas trop. Parce que, quand on voit les gens qui habitent à la mer et les gens qui habitent à la montagne, il y en a beaucoup qui sont passionnés de leur région. En fait, ils sont vraiment fiers de leur région. C’est vrai, qu’il y a certaines régions où l’on ne ressent pas ça. Les gens y sont pour le boulot ou pour une autre raison mais ils n’ont pas fait leur choix avec la localisation en premier.

Aurélie : Oui, complètement oui. Et ce sont des personnes qui sont très impliquées dans le développement de leur région, dans la protection de leur région. Ou, ils ont une histoire très particulière. Quand on était au Mont Saint-Michel, on a traversé la baie du Mont Saint-Michel avec un passeur qui était immense, qui faisait 2 m de hauteur, qui était hyper carré, qui avait les cheveux longs. On aurait dit un grand viking, un mec sorti des âges d’il y a plusieurs centaines d’années et avec un énorme cœur sur la main.

Il nous a fait traverser et lui son histoire, c’est qu’avant son frère s’occupait de moules dans la région et son frère est mort en mer. Et, il a repris l’affaire de son frère. Quelques années plus tard, il s’est rendu compte que ce choix, ce n’était pas le sien, qu’il était en train de reprendre l’affaire familiale plus par devoir et quelque part parce qu’il culpabilisait lui d’être en vie et son frère non. Et quand il a pris conscience de ça, il a eu un peu un électrochoc et il s’est dit « ben non, moi ma vie j’ai envie de la vivre pour moi ». Et il est parti vivre à la Réunion.

Il s’est éclaté là-bas, il a adoré l’île et au bout d’un moment – au bout de 3 ans – il s’est dit « mince, cette île elle est splendide, elle est vraiment magnifique, mais ça manque de saisons, c’est tout le temps très beau ». Et il s’est rendu compte que les différences de températures, les différences de couleurs, les différences de chaleurs lui manquaient. Il a fait un peu un retour aux sources et il est revenu vivre en France. Et ça fait maintenant 10 ans qu’il est dans la baie du Mont Saint-Michel, qu’il est passeur, et tous les jours il fait la même chose, il fait le même trajet, au même endroit, et il s’éclate. Et pour rien au monde, aujourd’hui il n’a envie de changer parce qu’il dit « oui, je suis toujours au même endroit, mais en fonction des saisons c’est pas pareil, les couleurs changent, la marée n’est jamais la même, le vent ». Voilà, donc c’est une belle histoire.

François : C’est marrant oui. On s’en rend compte quand on regarde votre projet. Mais la première impression qu’on a quand on se dit « un tour de France à pied » on pense pas tout de suite à ce côté-là, et c’est vrai que c’est vraiment intéressant en fait. C’est vraiment une bonne idée d’allier la marche avec la convivialité, la découverte de différentes régions et de différentes personnes, c’est vraiment sympa.

Aurélie : Ben ouai, on a envie de ça. Et pareil, on a rencontré plein de jeunes qui vivent de cette passion-là. On a rencontré un jeune de 23 ans qui lui adore, en fait de père en fils, ils sont dans la mytiliculture. Donc la mytiliculture, c’est en fait – tu sais – c’est l’élevage des moules. Et, on peut se dire « 23 ans, tu as plutôt envie de sortir en boîte, tu as plutôt envie de te rapprocher des grandes villes avec beaucoup de frénésie et tout ça ». Et bien lui, pas du tout, il s’éclate avec sa barque, à aller poser les filets de moules, à les récupérer, à suivre de près leur équipe. Les gens qui travaillent pour eux, ce sont les même gens qu’ils invitent à la maison le soir pour partager une bouteille de vin. C’est vraiment un état d’esprit très chouette. On recherche ça.

François : En même temps, ça se comprend. Dans un différent contexte, ça serait beaucoup plus dur de rencontrer ces gens. Là, je pense, que le fait que vous marchiez, vous avez un projet, vous avez aussi quelque chose à leur apporter parce que vous êtes différents, vous faites quelque chose qui les intrigue sûrement et eux vous apportent aussi quelque chose parce qu’ils sont aussi différents pour vous.

Aurélie : Exactement, ce que tu dis c’est vrai. Le fait qu’on arrive à pied, je pense que ça change beaucoup. Si on l’avait fait en moto, en 4×4, ça aurait peut-être touché certaines personnes fans de moto et de 4×4, mais ça aurait pas eu la même portée je pense. Là, on arrive à hauteur d’homme, sans moyen, pas d’élément entre eux et nous. Mine de rien, ça fait quand même 8 mois qu’on marche. Maintenant, ça fait 3500-3600 km qu’on a dans les jambes, les gens qu’on croise nous disent « waouh ». Tu vois, c’est un peu surprenant aussi. Enfin, moi je suis la première surprise !

Et oui, ça crée un lien immédiatement, plus que si tu faisais ça en moto.

François : Oui, et en plus tu fais un effort pour venir.

Aurélie : C’est vraiment la notion de l’effort. C’est la notion de l’effort, mais en même temps, on n’est pas des sportifs, on fait pas ça pour le défi sportif – c’est pas ça le principe. On n’est pas là, tête baissée, on est des grands sportifs, on fait 70 km par jour, non c’est pas ça.

Tu vois, je ne suis pas la plus sportive des nanas et en fait c’est aussi pour montrer que c’est possible. Si moi j’y arrive, il y a d’autres personnes qui peuvent le faire.

François : D’accord. Et du coup, j’ai vu sur le site que n’avez pas pu, au niveau des Pyrénées, traverser là où vous vouliez.

Aurélie : Ben non, parce qu’en fait c’était complètement enneigé. On a commencé sur le GR10, on a passé bien 8-10 jours à suivre le GR. On a vraiment marché avec un pied en Espagne et l’autre en France, c’était assez drôle.

Tu sais, il y avait des bornes – vraiment les bornes à l’ancienne – les bornes que tu trouves encore sur les bords de route avec la démarcation France et Espagne. Ça c’était drôle. Et puis, à un moment donné, on s’est élevés et on s’est retrouvés complètement pris dans la neige et on était tout seuls, avec vraiment des congères de 3 m. Donc c’était absolument superbe, mais on se retrouvait aussi dans des couloirs à avalanche – donc on n’était pas très fiers dans ces moments-là.

Et voilà, en plus avec un réseau téléphonique défaillant. Donc, des heures entières à marcher tout seuls dans la neige. On a eu vachement de chance parce qu’il faisait beau à ce moment-là, il faisait très beau. Et en plus, la veille ou l’avant-veille, il s’est mis à geler très fort, donc la neige sur laquelle on marchait était très dure. Mais si ça avait été de la neige molle, nous on n’avait pas de raquettes, on avait rien, parce que les endroits dans lesquels on était passés ce n’était pas encore des endroits de neige, donc on avait eu aucun endroit pour acheter des raquettes, des bâtons, ou quoique ce soit. Et donc, on n’était pas du tout équipés pour la neige, pour la montagne. Donc, on a eu beaucoup de chance que la neige soit bien tassée, bien dure, bien gelée parce que comme ça on restait en surface. Mais si ça avait été un peu mou, je peux te dire qu’on allait avoir de la neige jusqu’aux hanches, jusqu’à mis cuisses, donc là, tu ne peux juste pas du tout avancer.

François : Oui, et ça aurait été plus gelé, ça aurait été pareil, vous auriez galéré.

Aurélie : Oui, là on a eu un « bol » monstrueux. Et, ça sur toute la journée, en plus on n’avait pas à manger, on n’avait pas à boire, aucun endroit pour se ravitailler. Parce qu’il y avait des gîtes, on croisait des gîtes sur le chemin, mais les gîtes, il y avait absolument personne parce que ce n’est pas du tout la saison parce que justement c’était enneigé et tout ça.

Donc, tous les robinets qu’on pouvait trouver, ils étaient coupés ou ils étaient gelés. Bref, absolument rien pour se ravitailler. Et tout ça, jusqu’à notre destination du soir où on est arrivé épuisés. On est arrivés de nuit, complètement épuisés. Et le lendemain matin, on a passé un coup de fil à la gendarmerie des montagnes qui nous a dit « écoutez les gars, vous êtes gentils, mais là vous allez redescendre ». Ils nous ont dit que ça allait s’empirer, que plus on allait avancer et plus ça serait difficile. Et vu que l’on n’a pas de guide, pas de matériel… L’idée, ce n’est pas de se mettre dans des situations galères pour le plaisir.

François : C’est sûr !

Aurélie : C’est ce qui explique que l’on a du redescendre et passer par le piémont au final. Et dans le piémont, on a eu bien 5-6 jours de galère parce qu’il pleuvait tout le temps, il faisait froid, c’était tout gris, c’était tout boueux et tout, pas très intéressant… Là, on était dégoûtés parce que le reste de la France était sous un soleil absolument splendide, sauf nous. Et tout d’un coup, on ne sait pas trop pourquoi, quand on est arrivés vers Foix, le ciel était dégagé, le soleil était revenu, tout d’un coup on était au printemps, avec les petites marmottes, avec les petites fleurs, les papillons – et là c’était juste splendide. Là, on a repris du baume au cœur, ça nous a donné un coup de fouet, mais sinon c’était un peu dur.

François : C’est toujours comme ça, les jours pluvieux sont toujours un peu durs, mais après quand on a un beau jour, on se dit qu’on l’a vraiment bien mérité. On a tendance à oublier les 5 jours pluvieux qu’on a eus auparavant.

Aurélie : Oui, oui, c’était exactement ça. Et dans les anecdotes assez drôles, quand on est arrivés sur la Méditerranée, on a repris la fin du GR 10. Jusqu’à présent, on ne pouvait pas trop le suivre, parce que c’était trop et tout ça, et quand on est arrivés sur la Méditerranée il n’y avait plus de neige et on pouvait le récupérer. Donc, on l’a récupéré et c’était superbe parce qu’à la fois on était dans les montagnes et en même temps on avait vue directe sur la mer, la Méditerranée, c’était absolument splendide et donc on est remontés en hauteur, on est remontés à 800-900. Et là, on s’est fait avoir par un orage monumental.

Et ce qui était très drôle, c’est que 5 minutes avant, il faisait super beau, mais vraiment magnifique, temps hyper dégagé et j’avais eu – parce qu’on travaille pour le magazine Géo Ado – et j’avais eu la rédactrice en chef de Géo Ado 5 minutes avant qui nous fait « alors, ça va, vous n’êtes pas trop pris dans l’orage ? Parce que dans la région, il paraît que c’est dur ». Nous on est là « ah ben non, pas du tout, c’est super beau, c’est magnifique, on en profite trop ». Je raccroche et véridique : 10 minutes plus tard, orage incroyable qui nous est passé dessus, avec vraiment des rafales de vent, la grêle, la pluie gelée, la pluie qui se transforme en grêle, et la grêle qui est grosse comme des cailloux que tu tiens dans la main et on a dû passer des cols. Ca s’est fait en 2 fois. La première fois, on a réussi à se protéger. On a eu de la chance, il s’est mis à pleuvoir au moment où on arrivait dans une auberge, abandonnée certes, mais on a quand même eu de la chance. Et puis, on repart, et pareil, 20 minutes plus tard, à nouveau de la grêle, les rafales. Et là, on était en train de franchir un col. Donc t’imagines, tu sais, les grosses rafales de vent quand tu franchis le col. Et là on n’était pas fiers du tout, et heureusement, un peu plus tard, on a réussi à trouver une vieille demeure complètement abandonnée, complètement taguée, complètement cassée, tout ça, mais au moins on a pu se protéger du vent et attendre que ça passe.

Et là où c’était drôle l’anecdote, en fait, c’était qu’on s’est dit « cool, c’est la Méditerranée, maintenant il va faire beau, il va faire chaud, on va boire des mojitos, on va manger des tapas espagnols ». Et en fait, on s’est pris un méga orage, on était gelés, c’est ça qui était drôle.

François : Mais du coup, à chaque fois, vous partez juste équipés pour la journée ?

Aurélie : Ouai, mais on a avec nous les polaires et les vêtements de pluie.

François : Oui, j’imagine bien. Mais du coup, est-ce qu’il y a des gens qui vous suivent ou qui vous amènent du matériel, ou vous vous débrouillez complètement ? En gros, vous êtes partis avec un certain matériel, et au fur et à mesure vous continuez juste avec ce matériel-là ?

Aurélie : Il y a quand même du ravitaillement quand on passe dans les villes. Quand il a fait froid, on en a profité pour racheter des polaires, parce que ce n’était pas assez. Dans les endroits où on est passés, on en a profité pour acheter une double polaire, acheter des collants, des gants et des bonnets. Donc, on fait tout ça sur le chemin.

François : D’accord, mais il n’y a personne qui vous aide du coup, c’est vous qui vous vous débrouillez tous les deux ?

Aurélie : Ben oui, on se débrouille. Nos familles sont loin. Après si, on peut avoir de l’aide dans les familles chez qui on reste. Par exemple, on a besoin d’acheter quelque chose, ils peuvent faire un aller-retour avec nous pour nous emmener acheter un truc si besoin.

Après, par exemple, le coup de la Méditerranée que je viens de te raconter avec l’orage, c’était très drôle aussi, parce que le matin même, on venait de renvoyer, toutes nos polaires, les sous-pulls et tout ça par la poste dans nos familles avec un énorme colis pour tout renvoyer. Et voilà, 3 heures plus tard, on crève de froid, alors qu’on s’était dit qu’on allait crever de chaud. C’était drôle quoi.

François : Classique !

Aurélie : Classique voilà ! Et puis, les chaussures en fait, on les commande sur internet. C’est ça qu’on fait beaucoup, on commande beaucoup de trucs sur internet, les polaires et tout ça et après on les fait envoyer à une adresse chez une personne chez qui on reste. On les appelle quelques jours avant, puis on leur demande leur adresse et on les fait envoyer chez eux.

François : D’accord, parce que j’imagine que les paires de chaussures, vous en avez déjà utilisées plusieurs.

Aurélie : Ben là, on va passer à la troisième paire.

François : Troisième, ouai c’est déjà pas mal.

Aurélie : Ouai, mais là ça devient une urgence, parce que Laurent marche sur la route et moi j’ai mes pieds déchiquetés, rien qu’en les rentrant dans mes chaussures.

François : Vous marchez beaucoup sur la route, ou vous essayez de faire des sentiers tant que possible ?

Aurélie : On fait tant que possible les sentiers. Ça a été beaucoup la plage aussi. Le sentier des douaniers, la plage sur la côte Atlantique. Beaucoup de sentiers, de petits chemins tant qu’on peut, mais là par exemple, on approche la Camargue et on a traversé des marais, aussi en Charente et tu es obligé de faire des détours par la route. Donc, il y a des moments où on se retrouve pris dans des deux fois deux voies, avec les voitures qui passent à 130 km/h, t’imagines le truc. Et nous on est à côté. Il y a des moments où tu baisses la tête et tu traces vite, parce que c’est pas bien. C’est arrivé plusieurs fois.

François : Et depuis le départ, vous savez exactement où vous allez passer ou vous voyez au fur et à mesure ?

Aurélie : Non, on voit vachement au fur et à mesure, c’est pratiquement au jour le jour ou à 2-3 jours près. Mais ça peut être difficilement plus parce que les cartes ça pèse lourd aussi, les topos-guides, tout ça donc bon.

François : Oui, et j’imagine qu’il y a des jours où vous faites une pause qui n’était pas prévue, ou vous marchez plus que prévu.

Aurélie : Voilà, exactement. Dans les trucs qui étaient difficilement prévisibles, aussi, c’était quand on était en Bretagne et que d’un coup tu te retrouves bloqué parce que tu as une rivière devant toi, et qu’il n’y a pas de pont et que le premier pont est 10 km en amont – tu vois – 10 km dans les terres. Il faut faire 20 km, pour au final traverser un pont et revenir au même point que la veille, pour avoir avancé juste de 100 m sur la carte. Donc là, on essayait tant qu’on pouvait de calculer avec les marées pour essayer de passer à marée basse. Mais il y avait certaines rivières, où, même à marée basse, ça restait trop haut, donc il fallait faire le tour, donc on essayait de trouver des passeurs. Mais les passeurs, tout le monde n’était pas d’accord, ou tout le monde n’était pas disponible. Mais bon, on essayait vachement d’utiliser les moyens du bord pour traverser. Et c’était très sympa aussi parce que ça créait des super conversations avec les gens.

Plusieurs fois, on a débarqué dans des bars où tu avais vraiment les gars du coin, les vieux pêcheurs, les vieux matelots, encore avec la clope au bec, le petit verre de blanc et le béret sur la tête. Le truc bien « tradi », et nous on débarque en disant « bonjour, on fait le tour de France et on voudrait traverser la rivière qui est juste là, comment est-ce qu’on peut faire ? ». Et là, tout le monde qui se met en cercle – un peu comme une mêlée de rugby – qui regarde la carte, qui essaye de trouver des solutions, qui essaye de trouver un passeur, qui appelle le copain, qui appelle le cousin pour essayer de nous trouver une solution pour passer la rivière. C’est très très drôle, c’est des moments très marrants.

François : Il y a eu beaucoup d’autres imprévus comme ça ?

Aurélie : Ben oui, énormément. Quand on traversait la baie de Saint Brieuc. La baie de Saint Brieuc, c’est 5 ou 6 km de traversée et il fallait calculer le moment où la marée commençait à descendre et le moment ou ça allait commencer à monter, pour que nous on ait le temps de passer à un endroit qui soit stratégique et qu’on ne se fasse pas avoir par la marée montante. Donc, on a calculé notre truc, mais je peux te dire que le temps était ultra limité, donc on s’est mis à courir en plein milieu de la baie pour éviter de se faire avoir par la marée montante. Là t’es en plein milieu de la marée montante, t’es mal, il y a personne pour venir te chercher. Nous on était avec nos sacs à dos, avec du matériel vidéo, avec des trucs qui valent de l’argent et qui sont lourds. Donc, on s’est mis en train de courir.

On était en plein milieu de la baie et on a rencontré des mytiliculteurs, justement, qui font de l’élevage de moules et on a trouvé ça super beau, donc on s’est arrêtés pour les interviewer, pour prendre des photos. Enfin, c’était assez fantastique. Et après, on a rechaussé, on a repris nos sacs à dos et on s’est mis à courir pour atteindre l’autre côté de la baie. Et finalement, ça s’est bien passé, mais on n’était quand même pas très sereins.

François : Tu m’étonnes !

Aurélie : Voilà donc, c’est plein de moments comme ça.

François : Tout s’est bien passé jusque-là ?

Aurélie : Oui, oui, on n’a pas eu de mauvaises surprises au final.

François : D’accord oui, c’est bien. Vous n’avez pas eu de blessures encore ? Marcher autant de kilomètres et surtout marcher presque tous les jours, le corps doit quand même en prendre un coup.

Aurélie : Oui, oui, il en prend un coup. Il faut dire que hier soir on est arrivés ici, on était cassés. Vraiment à tel point que j’avais la tête qui résonnait, j’avais mal au crâne. Mais au fur et à mesure, le corps s’habitue aussi. Le début a été très très dur parce que Laurent, ça faisait un petit bout de temps qu’il n’avait pas marché. Moi, je n’étais pas du tout habituée à ce type d’exercice physique. Et puis, à force, le corps s’habitue. Mais vu que l’on est tout le temps dans des ambiances différentes, sur des surfaces de sol différentes, c’est toujours des muscles différents qui fonctionnent.

François : C’est bien d’un côté parce que ça évite les blessures, mais c’est moins bien parce qu’à chaque fois, du coup, tu as l’impression de forcer et ne jamais être à l’aise.

Aurélie : Exactement, même si aujourd’hui on tient bien mieux une journée qu’au début – c’est évident. On pourrait se dire : « c’est bon maintenant, ça fait 3500 bornes, c’est bon on est rodés ». Et ben non ! Toujours pas complètement.

François : J’avais vu sur le site que quand vous êtes arrivés dans les Pyrénées, vous avez été surpris de la montée et que ça avait été plus dur que prévu.

Aurélie : Ben ouai ouia ouai. On s’est dit : « c’est bon, maintenant on est musclés, tout ça ». En fait non. Tu es allé sur le site, c’est aussi pour Handicap International.

François : Oui, j’ai vu ça.

Aurélie : Ça fait du bien de voir tout le soutien pour l’association. Nous, ce qu’on retient de cette aventure, c’est une chaîne de cœurs qui s’organisent, soit pour nous héberger, pour Handicap International, il y a vraiment un élan qui se crée.

François : Et il y a des gens qui vous suivent aussi, c’est ça ? Des gens qui marchent avec vous ?

Aurélie : Oui, ça c’est vraiment sympa aussi. Il y a des gens qui nous rejoignent sur le littoral. Hier, on marchait avec une équipe d’Handicap International, et ils sont venus nous accompagner.

La semaine dernière, on a marché justement avec l’équipe de Géo Ado. 3 jours avant, on marchait avec quelqu’un qui était venu aussi.

Et coup hyper drôle, quand on était en Vendée, il y a un mec qui nous a retrouvés. En fait, on marchait sur la plage. Tout d’un coup, il y a un mec qui arrive et qui ouvre les bras en grand et qui dit « Aurélie, Laurent, comment allez-vous ? ». Alors nous, on se regarde « mais c’est qui ce gars ? ». On était là : « mais, tu le connais toi ? ». « Non, non », « moi non plus je ne le connais pas », « mais, c’est qui ce mec ? ». On n’en a jamais entendu parler, il déboule. Et en fait, c’est un mec qui nous suit depuis le début, et depuis le début il voit le petit point bleu – tu sais, sur notre carte – qui se rapproche de chez lui. Et il a attendu le moment où on passait devant chez lui pour venir nous rencontrer sur la plage. Ca faisait 3 heures qu’il observait la plage, il était là avec ses longues vues et avec ses jumelles pour nous repérer au loin et être sûr de ne pas nous manquer. Au moment où on est passés à sa hauteur, il est descendu de sa dune et il est venu nous rejoindre, et il a passé la journée avec nous.

François : Ah, c’est génial !

Aurélie : Oui, c’était extraordinaire. Le lendemain, c’est une famille qui est venue marcher avec nous, avec les petits, la petite fille de 4 ans, le petit garçon de 11 ans qui lui nous avait connus grâce à Géo Ado, parce que tous les mois on a une double page dans Géo Ado où on raconte nos aventures. Et donc, c’est le petit garçon qui est venu un jour avec son Géo Ado vers ses parents en disant « ils vont passer à côté de la maison, et si on les hébergeait ». Et hop, c’est toute la famille qui s’est mise à suivre l’aventure, donc c’est hyper drôle.

François : Et du coup, ils vous ont hébergés ?

Aurélie : Ils nous ont hébergés pendant 3 jours, c’était hyper chouette.

François : D’accord, c’est sympa. Pour revenir sur Handicap International, est-ce que tu peux m’en dire un peu plus sur ce que vous faites et comment vous marchez avec Handicap International ?

Aurélie : Oui, bien sûr. En fait, on voulait vraiment rendre notre projet utile. En fait, j’ai fait une action humanitaire il y a quelques temps au Pérou et cette notion de « je fais les choses parce que j’ai envie de les vivre mais aussi parce que j’ai envie de les partager et j’en profite pour aider » c’était hyper important et Laurent a complètement adhéré. Et de là, on s’est dit : « qui on a envie de soutenir ? ». Et on s’est dit Handicap International, c’est devenu très légitime parce qu’on a la chance de marcher, on a deux bras, deux jambes, on peut faire ce qu’on veut, aller où on veut. C’est pas le cas de tout le monde, et donc on a eu envie de marcher pour ceux qui ne peuvent pas marcher, d’où Handicap International.

Handicap, ils font des levés de fonds en France, mais toutes leurs actions sont en Asie, en Amérique latine, en Afrique et nous ce sont des pays où on a beaucoup voyagé et où on adore aller, donc ça nous parle d’autant plus et donc voilà pourquoi Handicap International.

Après, on vend symboliquement nos kilomètres. C’est-à-dire que les gens nous disent symboliquement « tiens, j’ai envie de vous acheter 20 km, donc je vous verse tant » et tout est reversé directement à Handicap. Et cet argent va servir à appareiller des enfants, des adultes dans les pays du Sud, à leur fournir des prothèses, des béquilles, sachant qu’en moyenne, c’est entre 35 et 50 euros pour appareiller une personne. Nous aujourd’hui, on a dépassé les 6000 euros, donc on aide environ 200 personnes avec cette somme.

François : C’est génial, c’est vraiment un projet hyper complet.

Aurélie : Oui, on avait envie de l’avoir un peu « multi-facettes », que ce soit vraiment un projet complet.

Donc voilà, on est souvent en lien avec les équipes d’Handicap à Lyon, parce que c’est une association française dont le siège est à Lyon. Et puis, avec les relais, les bénévoles que l’on croise au fur et à mesure de notre chemin.

François : D’accord, et vous gérez tout le système de paiement pour récolter les fonds, c’est tout fait sur votre site internet.

Aurélie : C’est hyper facile. Oui, ça se fait sur notre site internet. Les gens vont sur notre site internet, il y a un petit clic « faites un don ». Là, on est transféré directement sur une page dédiée à notre projet et là on fait un don avec la carte bleue tout simplement et tout va directement à Handicap, rien ne passe par nous, tout est reversé directement à Handicap.

Et c’est chouette, parce que ce projet là, ça touche des gens complètement différents, de tout âge aussi. Un don qui nous a particulièrement touchés, c’est un petit garçon de 10 ans qui nous a dit « voilà, normalement j’ai 20 euros pour aller au cinéma. Cette semaine, je vais pas au cinéma, je préfère donner mes 20 euros pour Handicap International et soutenir votre projet » signé Gregory 10 ans.

C’était hyper touchant. On a des dons qui vont de 10–20 euros jusqu’à 600 euros.

Et c’est beaucoup des personnes que l’on ne connaît pas, que l’on n’a jamais croisées. Et notamment, ce don de 600 euros, c’est une dame qui s’appelle Clara, qui nous a marqué un mot hyper touchant et hyper motivant et on sait pas qui c’est. Donc on a lancé une bouteille à la mer en disant « Clara, on n’a pas le plaisir de vous connaître encore, mais ça nous ferait vachement plaisir, appelez-nous ». On a donné nos numéros et elle n’a pas pris contact, elle a juste voulu faire ce geste.

François : C’est génial ! C’est un beau geste.

Aurélie : Oui, oui, c’est un très beau geste. Et les gens en profitent pour mettre des petits mots d’encouragement, et pour nous c’est hyper motivant.

François : C’est génial. Je crois que j’ai fait le tour de ce que j’avais à te demander.

Aurélie : Ben c’est chouette, et on est en train de travailler sur des bouquins ensuite pour garder une trace de ce voyage. On est en train de bien avancer pour le récit, on voudrait faire un beau livre, un livre illustré, un livre de photos. On voudrait faire un film également. Donc tout ça, ça avance. Voilà, voilà.

François : D’accord, merci beaucoup d’avoir répondu à mes questions.

Aurélie : Je t’en prie, merci beaucoup pour ton appel.

François : De rien, ça m’a fait plaisir. Ben, bonne continuation.

Aurélie : Ben merci beaucoup, merci.

François : Aller au revoir.

Aurélie : Au revoir.

François : Pour ceux qui veulent suivre Aurélie et Laurent dans leur tour de France à pied, ils ont un site internet qui est www.tourdefranceapied.com le tout attaché. Comme nous l’avons entendu, ils seraient très heureux si vous pouviez les accueillir, marcher avec eux ou même si vous pouvez faire un don à Handicap International. Alors, je vous remercie tous d’avoir suivi cette interview jusqu’au bout et je vous dis à très bientôt sur le blog Randonner Malin.

N’hésitez pas à partager cette interview sur Facebook ou Twitter pour en faire profiter vos amis.

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  3 commentaires à “Interview : tour de France à pied d’Aurélie et Laurent”

Commentaires (2) Pingbacks (1)
  1. Oui pas mal cette interview, c’est un gros projet ce qu’ils font quand même.
    L’arrivée à pied aide pour l’hébergement c’est vrai, je me rappel en Corse, les gens vous prennent en stop quand vous avez un gros sac à dos.
    Merci A+

  2. retraité de 61 ans, je dois me procurer ce livre. De plus j’ai entrepris le tour du littoral à pied, seul, mais en logistique avec un Espace et un vélo.
    Pour l’instant, je dois franchir la Seine. Depuis la frontière Belge, je marche coté plage où rochers et le sable entretiennent mes chevilles.
    Ayant pris connaissance de leur aventure, j’ai décider modestement de commencer ma retraite sur leurs traces.
    merci
    claude

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