Jan 172014
 

Du papier toilette et des étrons en guise de balisageVous marchez, vous profitez de la nature, vous êtes dans un cadre somptueux et vous en profitez même pour prendre quelques photos. Vous êtes attentif à cette nature qui vous entoure, vous entendez le bruit du vent dans les feuillages, vous sentez cet air frais sur votre visage et soudain une couleur vous attire l’œil. Du blanc, très blanc, une couleur peu présente dans la nature. Vous vous approchez par curiosité et tombez nez à nez avec un somptueux morceau de papier toilette en compagnie de quelques étrons…

Rien de tel pour gâcher une randonnée ou un moment passé dans la nature !

Je suis sûr que vous avez déjà vécu cela, je l’ai malheureusement vécu de nombreuses fois, et j’aimerais parler de ce sujet un peu tabou aujourd’hui. Si jamais cet article peut améliorer les pratiques de quelques personnes, j’en serais déjà très satisfait.

C’est un article que j’avais envie d’écrire depuis un moment. J’ai essayé qu’il reste constructif et ne tourne pas au « coup de gueule ».

Et pourtant, je suis dépité à chaque fois qu’à quelques mètres d’une route ou d’un sentier traînent des morceaux de papier toilette ou des mouchoirs et des excréments. J’ai du mal à comprendre que certaines personnes ne fassent même pas l’effort de cacher tout ça. Est-ce que ces personnes feraient cela dans leur jardin ? J’en doute… Et je pense qu’elles feraient preuve d’un peu plus d’ingéniosité pour faire cela plus proprement.

Je ne vais pas m’étendre sur la pollution que cela entraîne – qui est à la fois visuelle, olfactive et environnementale – car je pense qu’elle est assez évidente. Nous allons donc voir d’où vient ce problème (papier toilette et excréments « posés » sur le sol) qui est fréquent en France (et dans d’autres pays) alors que ce serait une chose impensable dans beaucoup d’autres pays (même européens).

A qui la faute ?

Est-ce la faute des randonneurs, des pratiquants d’activités de plein air, des touristes, des locaux… ?

J’aurais tendance à dire : « peu importe, ça ne sert à rien de rejeter la faute sur les autres ». Ce qui importe est ce que vous faites !

J’espère que les randonneurs et les pratiquants d’activités de nature sont un peu plus sensibles et respectueux que les autres personnes, mais dans tous les cas ce n’est pas parce que d’autres salissent que nous devons le faire aussi.

Et si nous ne montrons pas l’exemple, qui va le faire ?

D’où vient ce problème ?

Comme c’est un problème que l’on ne rencontre pas partout, on est en mesure de se demander : « d’où vient ce problème ? ».

C’est une question ouverte, je n’ai pas la ou les réponses, mais voici quelques phrases que j’ai entendues et qui peuvent donner des éléments de réponse :

« C’est naturel, les animaux font la même chose ! »

En France (et dans d’autres pays), ça paraît normal et naturel de faire ses besoins dans la nature – car les animaux font la même chose.

Il faut savoir que laisser ses déchets naturels à la surface est un risque de contamination pour l’environnement et notamment les eaux. Bien évidemment, les animaux polluent aussi (surtout les élevages – car les animaux sont regroupés), mais pourquoi en rajouter si on peut l’éviter ? Et puis franchement, imaginez-vous en train d’essayer de creuser avec une truelle si vous aviez les pattes d’un mouton ou d’une vache ! 😉

Ce que j’ai du mal à comprendre c’est que certaines personnes pour qui c’est « naturel et normal » sont les premières à se plaindre quand il y a du papier toilette dans la nature. Un peu égoïste, non ? « J’ai le droit de salir quand ça m’arrange, mais je me plains quand les autres le font ».

J’ai l’impression qu’il y a un certain manque de sensibilisation par rapport à l’impact sur l’environnement. Mais, il doit aussi y avoir un problème d’éducation ou de mentalité, car même si on se moque de l’impact sur l’environnement, on ne peut pas se moquer de l’impact visuel !

« Le coin toilettes, c’est là-bas » (en désignant un regroupement de buissons)

En France (et dans d’autres pays), ce n’est pas une phrase qui choque tant que ça. C’est quelque chose qui paraît normal – des « toilettes publiques » en pleine nature. Je peux vous assurer que ça ne l’est pas du tout dans d’autres pays. Et beaucoup d’étrangers sont choqués de voir en France des « toilettes en pleine nature ».

Peut-être que cela est dû à un manque de toilettes publiques en France – que ce soit dans les villes et en dehors (même dans des zones touristiques). Sont-elles trop rapidement et trop souvent dégradées ?

Par rapport à d’autres pays, il est très difficile de trouver des toilettes en France. En plus, elles sont souvent payantes. Tout cela encourage forcément beaucoup de personnes à aller dans la nature. Et ça a fini par passer dans les habitudes et l’éducation. Mais ce n’est pas une excuse pour ne pas le faire « proprement » !

« C’est exceptionnel, c’est juste pour cette fois »

Le problème est que si une dizaine de personnes se disent cela au même endroit, ça ne sera pas joli joli. En plus, il semblerait qu’un morceau de papier toilette en entraîne d’autres. N’incitez donc pas les autres personnes à salir !

« De toute manière, c’est déjà sale »

J’ai déjà pu observer que dès qu’un endroit est sale, les gens se comportent de manière plus sale. Il est donc très important de ne pas laisser de traces, au risque de voir un endroit devenir un « coin toilettes ».

Et ce n’est pas parce que c’est déjà sale, qu’il faut en rajouter. Si chaque personne fait un effort, même un petit effort, les conséquences seront positives.

Par exemple, l’eau de beaucoup de cours d’eau n’est pas potable, mais ce n’est pas une raison pour les polluer davantage.

« Je m’en fous, je ne reviendrai pas ici »

C’est purement et tout simplement égoïste. Honnêtement, je ne sais pas s’il y a grand-chose à faire pour ce genre de personnes…

Pensez aux autres et ceux qui passeront après vous. Et si des gens se disent la même chose que vous, peut-être que votre prochaine randonnée sera gâchée par cette même mentalité. Donc ne faites pas aux autres ce que vous n’avez pas envie que l’on vous fasse.

Quelle sont les solutions et les bonnes pratiques ?

Ne pas faire ses besoins dans la nature

La meilleure solution est bien évidemment d’éviter de faire ses besoins dans la nature. Quand vous faites une sortie, essayez de faire un passage par les toilettes avant – un peu comme on le fait faire aux enfants avant un long trajet en voiture – ce sera toujours ça de gagné. 😉 Pour une étape de randonnée entre deux refuges, essayez par exemple d’y penser avant de partir ou essayez d’attendre l’arrivée au refuge.

Bien évidemment, en randonnée ce n’est pas possible dans certains de cas. Même avec la meilleure volonté du monde, on ne peut pas attendre indéfiniment…

Emporter ses déchets

Si vous devez absolument faire vos besoins dans la nature, l’idéal est de ramener tous ses déchets dans un récipient – comme cela est par exemple fait dans certains parcs aux Etats-Unis ou même en Australie. Il existe des « récipients » faits pour ça – évitez d’utiliser le « tupperware » de la cuisine. 😉

Deux alpinistes ont par exemple failli écoper d’une amende dans le parc du Dénali pour ne pas avoir récupéré leurs déchets (plus de détails ici).

Cela reste plutôt théorique et anecdotique en France et dans d’autres pays « similaires », car peu de personnes sont prêtes à faire cela. Mais il y a un bon compromis entre « je laisse tout sur place » et « je ramène tout », c’est : « j’enfouis tout dans le sol ».

Creuser un trou pour enfouir ses déchets

Cacher ses besoins naturels sous une pierre ou des branches n’est pas suffisant. Ça permet déjà d’éviter la pollution visuelle, mais ça ne limite pas la pollution environnementale.

En enfouissant ses déchets, plutôt qu’en les laissant sur le sol, cela permet une décomposition plus rapide, et cela évite de polluer et contaminer l’environnement (et notamment les cours d’eau).

Et même si vous vous moquez de l’environnement, vous ne pouvez pas ne pas réagir quand vous randonnez et passez à côté de papier toilette, d’excréments et de mouchoirs ? Donc si vous ne le faites pas pour l’environnement, faites-le au moins pour ça !

Quelle profondeur ?

Il n’y a pas besoin de creuser très profondément, dans la plupart des cas 15-20 cm est optimal. La profondeur idéale dépend beaucoup du milieu (climat, type de sol, bactéries présentes, PH du sol, etc.), mais ça risque de devenir un peu compliqué s’il faut prendre tous ces facteurs en compte. Donc on peut s’en tenir à 15-20 cm dans la majorité des cas.

Comment creuser ?

Pas toujours facile de trouver de quoi creuser, surtout quand le sol est dur. Souvent, c’est même quasi-impossible, que ce soit avec une branche, votre talon ou une pierre. C’est pourquoi il existe des petites truelles légères (moins de 100 grammes), peu encombrantes et solides pour emporter avec vous en randonnée (voir images).

Truelle de randonnée - 2                                   Truelle de randonnée

Où creuser ?

Il ne faut pas creuser son trou n’importe où – il y a des endroits qui sont mieux que d’autres d’un point de vue environnemental.

Il faut essayer de le faire en dehors des zones de passage de l’eau (zones de ruissellement, zones de crue…) et éviter d’être trop proche de points d’eau (lacs, cours d’eau, sources, etc.). Le but est d’éviter de contaminer ces eaux. Dans tous les cas, éloignez-vous d’au moins 50 mètres de la limite des hautes eaux d’un cours d’eau.

Quand il n’est pas possible de creuser un trou

Dans ce cas, essayez d’attendre un moment plus favorable. Si c’est vraiment pressé, emportez vos déchets jusqu’à un endroit où vous pourrez les enterrer.

Je ne vais pas trop m’attarder sur les cas particuliers et un peu plus complexes (glaces, haute-montagne, etc.), car si dans tous les cas où il est possible de creuser un trou, tout le monde le faisait, ce serait déjà un énorme progrès !

Que faire du papier toilette ?

L’idéal serait de l’emporter avec soi (dans un sachet plastique par exemple). Mais sachez que c’est quand même beaucoup mieux de l’enterrer que de le laisser à la surface.

Pensez également au papier toilette biodégradable qui existe, si cela vous embête de ramener votre papier. Et sachez que si vous enterrez du papier, le papier toilette est bien mieux que les mouchoirs – il se dégrade beaucoup plus vite.

Les feuilles naturelles

N’oubliez pas qu’il est tout à fait possible d’utiliser les feuilles des arbres qui se trouvent dans la nature – garanties biodégradables ;-). Alors, si vous en avez la possibilité, faites-le !

Ne pas brûler le papier toilette

Même si c’est une pratique qui était recommandée, elle ne l’est plus vraiment à cause du risque d’incendie. Donc ne le faites pas, même si vous êtes sûr qu’il n’y a pas de risques d’incendie – ça ne vaut pas le coup.

Ne faites pas comme tout le monde, éloignez-vous un peu

Il m’est arrivé plusieurs fois de finir une marche en m’approchant d’une route. Plus je m’approchais de la route, plus les excréments et le papier toilette étaient nombreux. Et tout était à moins de 20 m de la route.

Beaucoup de personnes vont au plus proche – ce qui transforme certains endroits en « toilettes ».

N’allez pas où tout le monde va, allez un peu plus loin. Et souvent, il ne faut pas marcher bien loin. C’est mieux pour l’environnement et ça évite que certains endroits soient impraticables. Il vaut mieux que les déchets soient dispersés (même enterrés) plutôt que tous à un même endroit, car ils seront dégradés plus rapidement.

Donc, dans tous les lieux fréquentés (autour des parkings, des refuges, des zones de bivouac, etc.), essayez de vous éloigner suffisamment.

Pour finir…

Dans cet article, j’ai essayé de vous montrer quelques pratiques pour laisser le moins de traces possibles après votre passage. Je sais que ce qui est théoriquement idéal n’est pas prêt d’être accepté et fait par la plupart des personnes, c’est pourquoi je me suis concentré sur ce qui est facile à faire et pas trop contraignant – car c’est, je pense, un bon début.

Pour aller plus loin, voici une chronique que j’avais écrite sur le livre « Comment chier dans les bois » qui est une excellente lecture. D’ailleurs, quelques conseils que je donne dans cet article proviennent de ce livre.

Ici, je n’ai abordé que le problème du papier toilette et des excréments. Il y a beaucoup d’autres sujets à aborder pour ne pas laisser de traces dans la nature, qui feront l’objet d’autres articles.

En attendant, n’hésitez pas à partager cet article (même si c’est un sujet un peu tabou) si vous voulez voir moins de papier toilette et d’excréments sur notre terrain de jeu, la nature.

  73 commentaires à “Du papier toilette et des étrons en guise de balisage”

Commentaires (71) Pingbacks (2)
  1. […] le dernier point, j’en profite pour vous rediriger vers cet article où j’ai rassemblé certaines bonnes pratiques pour respecter la nature et les autres pratiquants […]

  2. […] Pour vos besoins naturels, je vous renvoie vers cet article : « Du papier toilette et des étrons en guide de balisage». […]

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