Déc 202022
 
Boire de la neige fondue : une bonne idée en randonnée ?

La saison des randonnées hivernales a débuté ! Et tout comme en été, il est essentiel de bien s’hydrater pendant vos sorties. Alors, pour ne pas emporter des litres d’eau et alléger votre sac, vous envisagez peut-être de profiter de la présence de poudreuse bien fraîche pour vous désaltérer ? Bien que cela soit possible, boire de la neige fondue n’est pas toujours sans risque. Il y a quelques précautions à prendre pour éviter les maux de ventre et d’autres complications plus gênantes. Faisons le point !    

Manger de la neige : une pratique à éviter

Enfant, vous avez certainement déjà été tenté de « goûter la neige » ? Qu’on se rassure : avaler quelques flocons de temps à autre reste sans grandes répercussions. Cependant, en consommer abondamment ou de manière régulière peut s’avérer risqué. 

Une différence de température peu appréciée par l’organisme

La température du corps humain se situe habituellement entre 35,7 °C et 37,3 °C. La neige, elle, est aux alentours de 0 °C, voire un peu moins puisqu’il s’agit d’eau à l’état solide. La consommer directement sous cette forme peut donc provoquer un choc thermique pas toujours facile à encaisser pour l’organisme. 

Le premier symptôme est souvent le fameux « gel de cerveau » (brain freeze chez nos amis anglo-saxons, ou ganglioneuralgie sphénopalatine de son nom scientifique). Cette douleur à la tête, bien que désagréable et très aigüe, est heureusement sans gravité. Elle est due au phénomène de contraction et de dilatation rapide des vaisseaux sanguins provoqué par le changement de température à l’arrière de votre bouche. Votre cerveau va alors transformer cela en signal douloureux pour vous avertir que ces variations de température ne sont pas du tout de son goût. 

Si vous décidez de passer outre cette première alerte et consommez de la neige en plus grande quantité, d’autres désagréments pourraient survenir : douleurs intestinales, diarrhées…

En effet, notre corps n’apprécierait pas particulièrement l’absorption d’eau glacée (en hiver comme en été). Cela provoquerait, d’une part, le refroidissement du bol alimentaire et fige les graisses issues de vos repas, ce qui n’est pas idéal pour la digestion. D’autre part, le froid entraînerait aussi le ralentissement du système digestif en « engourdissant » les vaisseaux sanguins de l’intestin. 

⚠️ Note : bien que plusieurs sources semblent d’accord à ce sujet, j’ai volontairement utilisé ici le conditionnel, car je n’ai pas trouvé d’études scientifiques validant ces affirmations. Si vous avez des données fiables là-dessus, n’hésitez pas à les indiquer en commentaire.

Les impuretés et risques de maladie

Malgré son aspect blanc immaculé, la neige ne serait jamais totalement propre. 

Dans un premier temps, les flocons ont besoin d’impuretés et autres particules de poussière pour se constituer et entamer leur processus de cristallisation. 

💡 Le saviez-vous ? Certains germes, qui suivent le cycle de l’eau, sont présents jusque dans les nuages et accélèrent la formation de glace. C’est par exemple le cas de la bactérie Pseudomonas syringae

Ensuite, une fois au sol, la neige peut rapidement être contaminée par :

  • des polluants (comme les particules fines) ; 
  • des débris, poussières et fragments végétaux charriés par le vent (mousse, lichen, champignons…) ;
  • des virus et bactéries, provenant notamment de déjections (humaines ou animales 💩).

En bref, elle peut contenir un joyeux cocktail susceptible de provoquer des maladies plus ou moins graves. Mieux vaut donc éviter de la consommer telle quelle. Un petit traitement (que nous verrons un peu plus loin dans l’article) peut s’avérer nécessaire en cas de neige souillée.

L’absence de minéraux et ses effets néfastes

Lorsqu’elle se transforme en neige, l’eau subit certaines modifications, notamment dans sa composition. Son passage à l’état solide lui fait perdre la quasi-totalité de ses minéraux (calcium, potassium, magnésium, etc.). Pour faire simple, avaler de la neige revient à ingérer de l’eau déminéralisée brassée avec de l’air. 

En soi, cela n’est pas forcément bien grave, du moment que cette neige ne constitue pas votre « boisson » principale sur le long cours et que vous n’en consommez pas de grandes quantités d’un coup. 

Pourquoi ? Parce que les minéraux contenus habituellement dans l’eau sont essentiels pour notre santé. 

Ils contribuent à beaucoup de fonctions dans notre organisme dont son « équilibre en eau ». L’ingestion d’eau trop peu minéralisée peut perturber cet équilibre, entraînant un besoin d’uriner plus fréquent et un mauvais fonctionnement de certains organes sur le long terme.

D’autre part, une absorption de neige en trop grande quantité est susceptible de favoriser la survenue d’un choc hyponatrémique (faible concentration de sodium dans le plasma). Celui-ci engendre des symptômes vagues, comme des maux de tête ou des vomissements. Parfois, des convulsions et des épisodes de délire peuvent aussi se manifester. Des cas ont déjà été répertoriés par le passé chez des alpinistes ayant bu uniquement de l’eau de neige durant leurs expéditions. 

👉 À lire aussi : Mangez salé et ne buvez pas trop pour éviter l’hyponatrémie.

Boire de la neige fondue : les techniques pour la rendre potable

Nous l’avons vu, manger de la neige n’est vraiment pas recommandé pour votre santé. Toutefois, il serait dommage de se priver de cette source d’eau disponible en grande quantité dans la nature lorsque l’on randonne en hiver en sa présence. 

Si vous voulez alléger votre sac et éviter de transporter d’importantes réserves avec vous (surtout pour les randonnées de plusieurs jours), voici comment rendre la neige potable et propre à la consommation.

La neige : une denrée abondante lors des randonnées hivernales.

Étape 1 – Faire fondre la neige

Avant de consommer la neige, il faudra donc commencer par la faire fondre. Cela permettra notamment de rapprocher sa température de celle de notre corps, et d’éviter les désagréments liés à l’écart thermique.

💡 Note : si la neige contient de l’eau, elle est surtout pleine d’air (en particulier lorsqu’elle est très poudreuse). Pour obtenir un litre de liquide, vous aurez donc besoin d’une grande quantité de neige. Vous serez peut-être tenté de faire le choix de la facilité en récoltant la plus proche de vous. Mais ce n’est pas toujours la meilleure solution : privilégiez plutôt celle qui vous semble la plus fraîche et la plus propre, même si elle est un peu plus loin ! 

Dans un premier temps, placez un tout petit peu de neige dans un récipient (comme votre quart) que vous réchaufferez au-dessus de la flamme de votre réchaud. Une fois que vous avez obtenu un fond d’eau, rajoutez de la neige et faites-la fondre jusqu’à obtenir la quantité désirée.

Si vous n’avez pas de réchaud ou de récipient adapté, les choses seront un peu plus compliquées. Vous pouvez toutefois anticiper en remplissant votre gourde de neige et en la plaçant contre vous lorsque vous randonnez. La chaleur de votre corps la fera fondre progressivement (attention à ne pas attraper froid !). S’il fait beau, vous pouvez aussi laisser votre gourde en plein soleil.

Étape 2 – Éliminer les germes

Pour tuer les bactéries, virus et autres micro-organismes susceptibles de vous rendre malade, vous pouvez faire bouillir votre eau à la flamme de votre réchaud. Laissez-la encore sur le feu au moins une minute (voire un peu plus en altitude) après l’entrée en ébullition pour être sûr qu’aucun germe ne résiste. Cela demande une consommation de gaz (ou autre combustible) assez importante, alors soyez prévoyant.

Cette étape est indispensable si la neige que vous avez trouvée est souillée. En revanche, si elle est propre et fraîche, à vous de juger si cela vous semble nécessaire ou non. Même dans une neige « propre », il est possible qu’il y ait des micro-organismes (nous avons notamment parlé plus haut d’une bactérie qui peuple les nuages). Mais, la probabilité que ces micro-organismes soient problématiques semble faible. La difficulté est plutôt d’être certain que la neige que l’on prélève n’est pas souillée – car quelques centimètres de neige recouvrent facilement le petit pipi d’un animal par exemple.

Si vous n’avez pas de réchaud ou êtes à court de combustible, l’anticipation sera essentielle si vous avez besoin d’assainir votre eau ! Vous pourrez par exemple utiliser une pastille de purification de type Micropur pour vous débarrasser des bactéries et virus, mais celle-ci met un peu de temps à agir. 

Sinon, sachez qu’il existe aussi différents systèmes de filtration (pailles ou gourdes filtrantes, pompes de filtration portables, purificateurs à UV…) qui permettent de décontaminer l’eau de manière assez efficace.

Il faut bien comprendre que ces procédés vous débarrasseront surtout des contaminants biologiques, pas forcément des autres contaminants.

⚠️ Si vous utilisez une méthode de purification chimique (pastilles) ou mécanique (filtres) vous devrez inverser les étapes 2 et 3 de ce petit guide 😉 En effet, il est préférable de se débarrasser des plus grosses impuretés d’abord et de purifier l’eau ensuite.

➡️ Pour aller plus loin : Quel système choisir pour purifier l’eau en randonnée ?

Étape 3 – Filtrer les plus grosses impuretés

Une fois que vous avez obtenu votre « eau de neige bouillie », vous remarquerez sans doute que des saletés flottent encore à la surface (brindilles et autres résidus). 

Pour vous en débarrasser, vous pouvez filtrer votre eau à travers un tissu (mouchoir, tour de cou) lorsque vous la transvasez dans votre gourde par exemple. 

Ou, si vous préférez éviter de vous retrouver avec un linge mouillé en hiver, pensez à mettre dans votre sac un filtre à café en papier 😉 Ça ne pèse pas grand-chose et c’est assez pratique pour ce type d’utilisation. A noter qu’il est aussi possible d’utiliser un morceau de collant (comme conseillé en commentaire).

Étape 4 – Reminéraliser l’eau de neige

Une fois les 3 premières étapes réalisées, votre neige fondue est presque prête à être bue. Mais elle est encore trop faiblement minéralisée pour être vraiment bénéfique à l’organisme. Pour remédier à cela, il existe quelques astuces très simples :

  • y ajouter une pincée de sel ;
  • diluer un bouillon (type bouillon cube) ;
  • ou éventuellement, infuser des plantes (thé, tisane ou autres plantes comestibles que vous aurez sous la main – la teneur en minéraux sera moins importante qu’avec les deux solutions précédentes, mais c’est mieux que rien).

Encore une fois, c’est la dose qui est importante. Si vous buvez un peu d’eau de fonte de neige telle quelle, vous ne risquez pas grand chose. De même, si vous en buvez en mangeant, vous limitez les problématiques liées à une eau déminéralisée. Mais, si vous comptez boire de l’eau de fonte en grande quantité ou régulièrement, mieux vaut la reminéraliser.

Comme nous venons de le voir, la neige à l’état solide est impropre à la consommation. Sauf s’il s’agit d’une question de survie, mieux vaut prendre le temps de la faire fondre et de la reminéraliser. Elle sera ainsi une bien meilleure source d’hydratation. Bien entendu, c’est un processus chronophage et qui demande un minimum d’équipements. Il faut donc être prévoyant : gaz pour le réchaud, récipient adapté, système de purification, sel… 

Avez-vous déjà bu exclusivement de la neige fondue pendant vos randonnées ? Comment avez-vous procédé ?

  19 commentaires à “Consommer de la neige en randonnée : bonne ou mauvaise idée ?”

Commentaires (19)
  1. Bonjour François. Tes conseils sont toujours judicieux et bien expliqués.
    Au sujet de la neige, je dois faire un aveu : j’en ai consommé en plein été sous forme de glaçons, prélevés dans un névé du Pic de Saint Barthélemy (Ariège). Oui, il y avait encore pas mal de neige en juillet 2012, les névés ont complètement disparu aujourd’hui à cette saison. Les montagnards Ariégeois aimaient alors emporter un petit flacon de pastis dans le sac à dos… pas de quoi nous couper les jambes ou le souffle, mais juste assez pour célébrer l’arrivée au sommet. J’imagine que nos glaçons n’étaient pas de la plus grande pureté vu la saison tardive, mais nous avons rafraîchi notre pastis avec le sentiment de jouir d’une sorte de luxe !
    Mais loin de moi de conseiller ici aux lecteurs de consommer de la vieille neige.. en plus avec de l’alcool !

  2. Hello randonneurs, bonjour à tous,

    Deux mots au sujet de la neige…
    Sur de Gr 20 j’ai un souvenir de la neige de fin mai. En route vers le petit lac d’Altore au dessus d’ Asco,le temps est clair et la surcharge m’assoiffe. Je bois de l’eau en réserve suffisante pour le cirque (encore ouvert) avant Tigettu et m’offre un peu de fraîcheur au front et dans la nuque avec de la neige propre…
    En fin d’étape chez Charly de Tiggetu, une « vidange » crapuleuse me cloue littéralement au « vase » !
    Le simple passage de l’eau sur le visage m’avait flanqué aux tripes une crasse bien virulente…
    Pour traitement, j’ai opté pour les conseils de mon hôte de la nuit : 4 longs Casanis secs !
    Miracle !
    Nuit cul sec et réveil……difficile. Le Casa’ c’est aussi la Corse !
    Que de souvenirs.

    Bonne route tout le monde !!
    Victor.

  3. Bonjour. Il est vrai qu’on dit habituellement que « manger de la neige » donne mal au ventre et la diarrhée. Mais il faut relativiser : d’une part on déguste des glaces tout aussi froides, d’autre part en respirant, on inhale et avale quotidiennement toutes ces particules fines, poussières et autres transportées par le vent ! alors… Bon, prenons quelques précautions mais sans stress ! Cordialement

    • Oui, tout à fait. C’est la dose qui fait le poison. Il faut juste se méfier des contaminants biologiques, même une petite dose peut être problématique (comme pour l’eau que l’on prélève dans les cours d’eau).

  4. Ça m’est arrivé sans inconvénient de consommer de la neige de névé. En plus de m’écarter quelques pas du sentier, je prends la précaution de creuser la neige (au moins une vingtaine de cms de profondeur) pour atteindre des niveaux plus anciens.
    Visiblement plus propres, ils ont certainement été moins longtemps exposés avant d’être recouverts.

  5. Je me souviens, il y aune bonne vingtaine d’années, hé oui le tps passe, au refuge de l’Aigle 3450m dans le massif de la Meige, la gardienne, Marie, faisait la cuisine et nous la vaisselle avec l’eau prélevée dans un trou creuser dans le glacier du Tabuchet sous le refuge. Quand l’eau était gelée on faisait fondre sur la gaziniére de grosses marmites de neige. Pas de malade mais je pense que l’ on devait boire de l’eau en bouteille….

  6. Le problème, c’est que dans les refuges de haute montagne ils font la popote avec de la neige fondue ainsi que l’eau qu’il servent à table. Quand j’ai fait la Gd Ruine nous avons dormi au refuge Adèle Planchard, le lendemain, j’avais une diarrhée carabinée j’ai serré les dents et même le reste pour évoluer sur le glacier supérieur des agneaux pour atteindre le pt culminant le sommet de la pointe Brevoort, en redescendant j’ai pu trouver un coin dans les rochers avec le vide en dessous pour me soulager, c’était périlleux … Alors, maintenant je me méfie je bois du pinard mais plus de neige fondue !!!

  7. Il ne faut pas hurler au loup, quand on a pas d’eau, c’est bien d’en trouver avec la neige. Il y a un point qui n’a pas été abordé : les gaz dissous dans l’eau de boisson. L’eau bouillie est peu digeste car dégazée. Il faudra donc secouer un maximum le récipient d’eau. Si un membre du groupe possède de l’eau minérale gazeuse, le mélange avec l’eau de neige sera parfaitement digeste.

    • C’est clair qu’on a tous un copain dans le groupe qui se trimballe une bouteille en verre d’1,5 l d’eau gazeuse dans son sac, sans préjuger de la « stabilité » de cette eau après une journée de rando, de surcroît en altitude.

  8. Tous les hivers je trekke en totale autonomie sur la neige durant 5 à 10 jours (SRN + pulka ) Je consomme essentiellement de la neige – en quantité – que je fais fondre grâce à mon réchaud à essence, sauf lorsque je trouve du bois pour faire un feu. Je la fais toujours bouillir. Effectivement je bois beaucoup de bouillon, type bouillon Cube ou du thé. Je n’ai jamais ressenti de troubles.
    Que ce soit l’été ou l’hiver j’ai rodé une technique qui m’assure une bonne hydratation en portant un minimum de liquide : je bois un litre de thé entre le lever et le départ, le soir à l’arrivée je bois un litre de bouillon : ce sont des litres que je ne porte pas ou très peu, m’arrangeant pour faire bivouac près d’un ravitaillement en eau…ou neige. En hiver avant le coucher je fais bouillir deux litre d’eau : un litre me sert de bouilloire dans mon duvet et un litre dans ma thermos que je garde également dans mon duvet. Comme ça j’ai mon petit déj au lit.

  9. Bonjour François,
    Super article, très documenté !
    Petite astuce : pour filtrer les grosses particules visibles à l’oeil nu, j’utilise un bas de collant (propre ;))
    Ca coule bien mieux qu’à travers un filtre à café.
    Mais effectivement un filtre à café est une bonne solution pour filtrer de plus petites particules, mais il faut être patient.

  10. Information pertinente, merci.

  11. Bonjour François,
    Merci pour cet article bien instructif.
    Pour être parti assez souvent randonner dans l’arctique pendant 10 à 15 jours en pulka, je peux dire que ne boire que de la neige fondue pendant tout ce temps ne cause effectivement pas de dégâts sous ces latitudes, probablement plus préservées de polluants continentaux ou animaliers.
    Cela dit, nous la faisons toujours bouillir et ne la prenons quasiment jamais sans thé, infusion ou repas lyophilisé, ce qui lui conférerait une certaine reminéralisation.

  12. Merci pour cet article aussi pédagogique qu’instructif, comme toujours.
    Occasionnellement j’ai consommé de la neige fraîche ou tombante, en petite quantité : pas de conséquences, mais son goût de poussière confirme la teneur de l’article !

 Laisser un commentaire

Vous pouvez utiliser ces tags et attributs HTML: <a href="" title=""> <abbr title=""> <acronym title=""> <b> <blockquote cite=""> <cite> <code> <del datetime=""> <em> <i> <q cite=""> <s> <strike> <strong>

(requis)

(requis mais non diffusé)

Partagez
Tweetez
Email