Avr 242014
 

A la découverte du Ladakh avec Alex Le Beuan de Shanti TravelPour changer, je vous propose une interview qui va vous faire un peu voyager. Mais attention, ça risque de vous donner envie de partir ! 😉

Partir où ? Au Ladakh qui est aussi surnommé le « petit Tibet ».

J’ai posé quelques questions à Alex Le Beuan, qui est le directeur de l’agence de voyage Shanti Travel et qui connaît très bien cette région. A travers cette interview vous allez découvrir le Ladakh et le trekking au Ladakh. On y parle aussi (enfin surtout Alex, je n’ai fait que poser des questions ;-)) un peu de Shanti Travel et des spécificités des treks organisés.

Je vous laisse découvrir cela par vous-même en audio juste en dessous ou par écrit un peu plus bas. N’hésitez pas à me dire si ce genre d’interview, plutôt axée « treks à l’étranger » vous plaît pour que je sache si je renouvelle l’expérience à l’avenir ou pas.

Pour illustrer l’interview et vous faire rêver encore plus, voici une petite vidéo sur le Ladakh réalisée par Shanti Travel.

Transcription texte

François Jourjon : Bonjour et bienvenue dans cette nouvelle interview du blog Randonner Malin. Je suis actuellement avec Alex Le Beuan qui est le directeur de Shanti Travel et je vais lui poser quelques questions sur le Ladakh, et les treks au Ladakh, qui est une région que, si j’ai bien compris, il aime particulièrement. Donc Bonjour Alex.

Alex Le Beaun : Bonjour et merci de m’accueillir.

François Jourjon : Alors, pour commencer, est-ce que vous pourriez vous présenter rapidement ? En fait, quel est votre parcours, qu’est-ce qui vous a amené à atterrir là où vous êtes ?

Alex Le Beuan : Au départ, l’amour de la montagne, parce que mes parents ont fait longtemps de l’alpinisme et notamment en Himalaya et dans les Karakoram. Et donc ils m’ont donné leur passion de l’alpinisme et du trekking, de la randonnée, très tôt. Et ensuite, je suis tombé amoureux du monde indien, de ce continent indien, de sa culture et de la vie plus généralement. Donc j’ai étudié à L’INALCO, l’institut national des langues et civilisations orientales.

François Jourjon : D’accord.

Alex Le Beuan : Et ensuite, j’ai passé le diplôme de l’AMM (l’accompagnateur en moyenne montagne), à Briançon, dans le briançonnais. J’ai donc commencé à travailler comme guide de trekking pour des agences de trek françaises, surtout en Himalaya, mais aussi dans le Sahara et en Afrique australe.

François Jourjon : D’accord.

Alex Le Beuan : Et puis, dans d’autres pays en Asie. Et ensuite, j’ai bossé comme chef produits dans des tour-opérateurs à Paris, sur le voyage aventure et trekking sur l’Asie. Et ensuite, j’ai monté Shanti Travel il y a maintenant 9 ans, en 2005. D’abord à New Dehli et maintenant on est sur différentes destinations en Asie, on a différentes agences en Asie.

François Jourjon : D’accord, très bien. Donc c’est un parcours en commençant directement en tant que guide et après en employant des guides, donc c’est pour voir les différentes facettes du métier. Et qu’est-ce qui vous a vraiment plu en Asie et spécialement en Inde, vu que c’est un peu là que ça a commencé si je comprends bien ?

Alex Le Beuan : C’est vrai, tout à fait. C’est en Inde qu’on a eu notre première agence, qui est le siège social de Shanti Travel aujourd’hui. En fait, l’Inde c’est d’abord une culture très vaste, très grande, très riche et puis c’est une culture qui est très antinomique de notre culture occidentale et européenne.

Et c’est aussi ça qui m’a plu, parce que ça permet quand on s’intéresse à la culture indienne de remettre en question, pas forcément en cause, mais d’avoir peut-être des idées un peu nouvelles et de voir le monde de manière peut-être un peu plus large ou différemment que ce qu’on nous a inculqué en Occident.

François Jourjon : D’accord, d’accord. Et vous habitez du coup en Inde en ce moment ou vous n’avez pas d’endroit fixe ou vous habitez en France ?

Alex Le Beuan : Non, j’habite à New Dehli où est notre siège social. Et puis comme on a aussi des agences, on a une agence en Inde du Sud, une à Katmandou, une à Colombo au Sri Lanka, une en Indonésie à Bali où je me trouve actuellement. Donc, je suis pas mal sur les routes et aussi sur les chemins de trek de temps en temps encore heureusement.

François Jourjon : Oui d’accord, donc vous amenez encore des clients sur les treks ?

Alex Le Beuan : J’accompagne malheureusement très rarement, mais en revanche je suis assez souvent sur les routes et les chemins de treks plutôt pour la logistique, du repérage, pour aussi ramener des outils de communication comme de la vidéo, de la photo, des textes de blog, etc.

François Jourjon : D’accord, et du coup vous allez aussi tester les différents treks que vous proposez ? Ou il y a d’autres personnes qui les testent pour vous ?

Alex Le Beuan : Ah non, il y a d’autres personnes. Malheureusement, je ne peux pas tout tester.

François Jourjon : Oui j’imagine.

Alex Le Beuan : Mais, c’est toujours un plaisir de le faire. Là j’étais avec Alexis, le général manager de l’agence de Bali et on était il y a quelques jours sur Java Est, notamment toute la région volcanique de Bromo.

Donc on a randonné, on a découvert des nouveaux itinéraires qui étaient très intéressants, où il y a personne, très peu de voyageurs, de trekkeurs et ça c’est des moments absolument fabuleux – j’ai la chance de faire ce métier. Mais ce n’est pas non plus mon quotidien malheureusement toujours.

François Jourjon : Oui j’imagine.

Alex Le Beuan : Il y a quand même pas mal de bureau aussi.

François Jourjon : Oui, d’ailleurs par rapport à ça, avant de se recentrer sur le Ladakh, je me demandais comment en fait vous choisissez d’ouvrir une agence dans un nouveau pays. Est-ce que c’est parce que vous y voyez uniquement un potentiel économique ? Ou est-ce que c’est aussi parce que vous avez trouvé un trek là-bas ? Ou c’est un repérage coup de chance on va dire ou un coup de cœur qui fait qu’au final vous décidez de proposer après des treks dans une certaine région et d’ouvrir une agence dans une certaine région ?

Alex Le Beuan : Alors il y a différents critères. Il y a d’abord un critère, je vais dire de sécurité, sécurité pour les clients, sécurité aussi pour notre activité économique. C’est un critère.

Le deuxième critère il est sur notre valeur ajoutée en tant qu’agence locale francophone basée dans différents pays. C’est-à-dire, quel type d’activité on peut développer et ces activités, est-ce qu’on a une réelle valeur ajoutée ou pas ? C’est-à-dire que vendre des séjours package en hôtels, notre agence Shanti Travel n’aurait aucune valeur ajoutée ou presque. En revanche, développer des nouveaux treks avec des guides francophones qu’on forme, avec des hébergements de charme authentiques chez l’habitant, etc. Là on va avoir une vraie valeur ajoutée.

Donc voilà, c’est les deux critères principaux, c’est l’aspect sécurité pour les clients et pour l’agence d’un point de vue économique et le type d’activité qu’on peut proposer. Il y a aussi la saisonnalité, parce qu’on a par exemple des programmes en Mongolie – sachant que la Mongolie c’est 4 mois la saison – c’est assez court. Et c’est vrai que par exemple sur l’Indonésie on peut rayonner toute l’année et sur l’Inde c’est pareil. Donc ça aussi, ça fait partie des critères de sélection qui font qu’on décide de s’implanter dans un pays ou pas.

François Jourjon : Et là, vous avez parlé de guides francophones, c’est des guides francophones mais locaux ou est-ce que c’est des guides qui ne sont pas locaux, que vous employez ?

Alex Le Beuan : Ca dépend des destinations et ça dépend du niveau des trekkings. C’est-à-dire qu’on a tendance et on préfère travailler avec des guides locaux, et ce qu’on appelle des tours leaders, c’est-à-dire des accompagnateurs locaux, parce que ça favorise l’économie locale, ça permet aussi d’avoir un échange intéressant sur le plan culturel entre le client et le guide.

Maintenant, il y a quelques régions où c’est difficile de trouver ce type de profils d’une part. Et puis, il y a d’autres régions aussi où pour des treks qui sont très engagés et qui demandent des connaissances au niveau sécurité et montagne, que n’ont pas forcément les locaux parce qu’ils fonctionnent différemment dans certains coins d’Asie encore beaucoup.

François Jourjon : D’accord, d’accord, je comprends oui. Peut-être que maintenant on va se recentrer un peu plus sur le Ladakh. Est-ce que vous pouvez nous en dire un peu plus sur le Ladakh pour ceux qui ne connaissent pas cette région ? Alors, je fais partie de ces gens-là, je connais juste de nom, je n’y suis jamais allé. Est-ce que vous pouvez resituer un peu où c’est, ce que c’est ? Parce qu’il y a des gens qui ne savent pas si c’est plutôt un pays, alors que c’est plutôt une région.

Alex Le Beuan : Alors le Ladakh, qu’on appelle aussi souvent le petit Tibet, se situe au Nord-Ouest de l’Inde à la frontière avec le Tibet – donc la Chine aujourd’hui et le Pakistan. C’est une région qui se trouve en fait au Nord de la grande barrière himalayenne sur le plateau tibétain avec une altitude moyenne de 3500 mètres d’altitude. La capitale, Leh, est d’ailleurs elle-même située à 3500 m d’altitude. Qui dit nord de la barrière himalayenne, dit qu’on ne subit pas la mousson d’été, contrairement à tout le reste de l’Inde.

François Jourjon : D’accord.

Alex Le Beuan : Ce qui veut dire que c’est une région très propice au trek, en Juin, Juillet, Août, Septembre, parce qu’il fait beau et parce qu’il ne fait pas trop froid. Le reste de l’année, en tout cas de début Novembre jusqu’à la fin Mars, la nuit il fait largement en dessous de zéro, en Janvier-Février il peut faire -20°C, -30°C à 3500, 4000 mètres d’altitude.

Par ailleurs, seulement 4 mois de l’année les routes sont ouvertes. Il y a deux routes qui vont au Ladakh depuis la plaine indienne. Il y a une route qui part du Sud depuis Manali jusqu’à Leh par plusieurs cols à 5000. Et une autre route qui part de Srinagar la capitale du Cachemire avec là aussi deux cols à pas très loin de 5000. Et ces cols sont fermés 8 mois de l’année à cause de la neige et donc le seul moyen pendant ces mois de fermeture de route de se rendre au Ladakh, c’est par avion.

François Jourjon : D’accord. Et c’est toujours possible de faire des treks en cette saison-là, ou ça devient quand même des treks un peu différents, plutôt orientés neige.

Alex Le Beuan : Alors, pour ce qui est de l’hiver, il y a un trek qui est maintenant un classique exceptionnel qui est le Tchadar. Le Tchadar, c’est le nom de la rivière Zanskar qui est gelée l’hiver. Il y a d’ailleurs eu de très beaux livres d’Olivier Föllmi, photographe sur cette région et en particulier sur le Tchadar l’hiver.

Et là, on fait un trek sur la rivière gelée. Donc, c’est une manière un peu différente de marcher, puisqu’on glisse et on dort sous tente dans des espèces de caves qui sont en bordure de la rivière. C’est un trek qui n’est pas très soutenu physiquement mais par contre il fait très froid, on voit peu le soleil, donc il faut un mental d’enfer et un très bon matériel pour ne pas avoir trop froid (rires).

François Jourjon : D’accord oui.

Alex Le Beuan : Sinon, il y a des treks de printemps, automne, à relativement basse altitude. C’est relatif, c’est bas au niveau du Ladakh, aux alentours de 3000, 3500. Ils sont très sympathiques au printemps et à l’automne, parce qu’il y a très peu de trekkeurs à cet endroit-là. Et les ladakhis, les locaux, ont beaucoup plus de temps pour échanger avec les trekkeurs que l’été, puisque l’été la saison agricole et pastorale est très courte donc ils travaillent beaucoup sur les mois d’été.

Et enfin, il y a un trek qui est très intéressant pour les personnes qui s’intéressent à la faune. C’est le trek du léopard des neiges – le fameux léopard des neiges qu’on a beaucoup de mal à voir – mais qu’on organise comme ça l’hiver sur les pas du léopard des neiges, où là, les conditions sont moins – on va dire – moins extrêmes, puisqu’on peut dormir dans des lodges ou mêmes des maisons d’hôtes et petites guest houses, où il y a du chauffage et aller dans la journée randonner pour aller voir cet animal mythique.

François Jourjon : D’accord. Et du coup les treks, ils empruntent, j’imagine qu’il n’y a pas de chemins de randonnée qui ont été faits pour, mais c’est des chemins qui étaient utilisés pour quoi à l’origine ?

Alex Le Beuan : Ce sont effectivement des chemins traditionnels de communication de village à village et qui donc sont utilisés aujourd’hui l’été aussi par les randonneurs, par les trekkeurs.

François Jourjon : Mais ils sont toujours aussi utilisés par les locaux pour la logistique ?

Alex Le Beuan : Oui tout à fait, parce qu’il y a énormément de villages qui n’ont pas accès à la route en fait, qui sont loin des routes, où il faut parfois 5 heures, parfois même plusieurs jours de marche avant de rejoindre une route.

François Jourjon : D’accord. Et actuellement, c’est très fréquenté par les randonneurs et les touristes ou pas encore, ou c’est en train de se développer ?

Alex Le Beuan : Alors, la capitale Leh est très courue par les touristes indiens mais surtout en Avril, Mai, Juin qui coïncident avec la période des vacances scolaires. Et puis, les temples, les monastères qui sont autour de Leh, la capitale, sont aussi courus à cette période-là. Mais par contre, pour ce qui est du trekking, c’est encore une région qui n’est pas très courue.

Alors après, ça dépend des treks. Le trek du Zanskar ou de la Marka qui sont des classiques, qui peuvent être assez courus entre le 15 juillet et le 15 août. Et puis, il y a des treks beaucoup plus en dehors des sentiers battus. Pendant 15 jours ou 10 jours de randonnée, si on croise un ou deux groupes de trekkeurs, c’est le maximum.

François Jourjon : D’accord, d’accord, donc ça va encore. Donc vous avez parlé qu’il y avait des touristes indiens à la capitale. Est-ce que c’est des touristes que vous retrouvez aussi sur les treks ou pas ou est-ce que les locaux ne pratiquent pas vraiment la randonnée ? C’est uniquement un public étranger ?

Alex Le Beuan : Pas encore, mais c’est en train de changer. On a un type de tourisme indien qui n’est pas très sportif, outdoor, nature pour l’instant, mais on commence à avoir une nouvelle génération d’étudiants ou de post-étudiants qui se mettent au VTT, qui se mettent au trekking, voire même à l’alpinisme.

François Jourjon : D’accord.

Alex Le Beuan : C’est les balbutiements pour l’instant.

François Jourjon : D’accord, donc c’est en train de changer un petit peu. Et comment la population locale accueille les randonneurs, les trekkeurs ? Dans les villages, comment l’accueil est en général ?

Alex Le Beuan : L’accueil est assez exceptionnel. Ben parce que d’abord, ils ne voient pas grand monde la plupart du temps et surtout les 8 mois d’hiver. C’est assez exceptionnel aussi parce que ce sont des gens extrêmement ouverts, ouverts aux autres cultures. Alors, il y a forcément souvent la barrière de la langue, puisqu’ils parlent très peu anglais – d’où l’intérêt d’avoir un guide francophone qui peut faire un peu la liaison si vous voulez.

Et puis l’accueil, quand on dort en maison d’hôte plutôt qu’en tente – puisqu’on a le choix sur certains itinéraires – l’accueil est très sympathique parce qu’ils nous proposent – si on souhaite – de les aider à préparer à manger, donc on apprend à préparer des plats tibétains, ladakhis. Donc, il y a de vrais échanges, c’est des gens qui sourient, qui rigolent beaucoup. Donc l’accueil est vraiment très très bon.

François Jourjon : D’accord, et donc ça c’est pour les treks organisés. Je me demandais, est-ce que c’est possible, est-ce qu’il y a des gens qui font des treks au Ladakh, mais seuls et qui s’organisent seuls. Est-ce qu’il y a des difficultés particulières pour ce qui est l’eau, les itinéraires, les cartes, ou est-ce que la plupart des gens prennent les services d’une agence pour faire des treks ?

Alex Le Beuan : Oui tout à fait. La plupart des trekkeurs passent par des agences. Beaucoup plus que sur des circuits par exemple au Népal, très classiques, comme le grand tour des Annapurnas ou le sanctuaire des Annapurnas.

Pourquoi ? Parce que d’une part, il n’y a pas du tout autant de lodges, il y a seulement deux itinéraires de treks classiques au Ladakh, où on a des maisons d’hôtes, où on dort chez l’habitant. Donc ça c’est la première raison. Ça veut dire que sur de nombreux treks, il faut avoir le matériel de camping, de tente. Et ainsi que toute la nourriture pour le trek, donc ça pèse lourd.

La deuxième raison, c’est que en dehors de 2-3 itinéraires où les chemins sont très bien tracés, il y a pas mal d’itinéraires plus hors des sentiers battus, où il est plus difficile parfois de trouver son chemin.

François Jourjon : D’accord.

Alex Le Beuan : Cela dit, par contre, il y a d’excellentes cartes, les cartes Olizane sont très bonnes, elles sont divisées par 3 sur tout le secteur du Ladakh, avec les courbes, avec l’altitude et elles sont très très bien faites en revanche.

François Jourjon : Et c’est facile de se les procurer ou pas ? Parce qu’il y a certains pays du monde ou c’est…

Alex Le Beuan : Oui, oui.

François Jourjon : Là c’est facile d’accord, il n’y a pas de censure ou quoique ce soit ?

Alex Le Beuan : Alors, c’est facile de se les procurer en France. Une fois au Ladakh non, il vaut mieux les acheter en Europe.

François Jourjon : D’accord, il vaut mieux se les procurer avant. Donc en gros, pour quelqu’un qui a une certaine expérience, qui sait se débrouiller seul, ce n’est pas impossible de faire un trek au Ladakh seul, mais il faut avoir un peu d’expérience, c’est ça ?

Alex Le Beuan : Oui, tout à fait, il faut avoir une bonne expérience. Il faut savoir aussi qu’il est interdit d’avoir avec soi un téléphone satellite en Inde. C’est tout simplement interdit, donc ça veut dire que sur des treks vraiment engagés, où ça peut prendre plusieurs jours de marche pour arriver à une route, s’il arrive quoi que ce soit et qu’en plus on n’est pas avec une équipe, enfin un guide ou des muletiers, ça peut devenir vite problématique.

François Jourjon : Oui j’imagine. Et quelle est la raison pour l’interdiction des téléphones satellites ?

Alex Le Beuan : Ce sont des raisons liées à la sécurité purement, au niveau de l’Inde, qui a été il y a plusieurs années maintenant, où il y a eu des extrémistes qui ont malheureusement posé quelques bombes. Ca fait, la dernière était en 2008, et du coup pour des raisons de sécurité, les autorités indiennes interdisent les téléphones satellites.

François Jourjon : D’accord, très bien. Donc là je parlais un peu du trekking seul, quel est l’avantage en gros de prendre un guide, de prendre une agence de voyage dans ces cas-là. C’est quoi pour vous, en gros le plus gros avantage ?

Alex Le Beuan : Si vous voulez, les avantages c’est d’avoir un avantage sécurité comme on le disait tout à l’heure. Il y a un autre avantage, c’est un avantage culturel. C’est-à-dire que le guide professionnel il est en quelques sortes l’interface entre la culture et les attentes des trekkeurs et sa propre culture à lui.

Donc c’est beaucoup plus facile par l’intermédiaire d’un guide de rentrer en contact avec les villageois, de rentrer dans les maisons, d’aller boire le thé. Bref, ça permet aussi d’apprendre tout un tas de notions sur l’environnement physique et culturel de la région du Ladakh. Voilà, c’est essentiellement sécurité et échange culture.

François Jourjon : D’accord et pour la logistique c’est plus facile j’imagine, pour les gens qui n’ont pas l’habitude.

Alex Le Beuan : Tout à fait, sachant que ce n’est quand même pas très cher, ça permet aussi de ne pas porter un sac de 25 ou 30 kilos, puisque la plupart du temps, ce sont des mules et parfois des yaks qui portent les bagages, c’est quand même beaucoup plus confortable.

François Jourjon : D’accord, ben c’était ma prochaine question en fait. Vous avez déjà répondu, je me demandais s’il y avait un portage, d’accord donc c’est un portage par des mules et des yaks. Très bien, et est-ce qu’il y a une particularité – mis à part le côté culturel, le fait d’être dans un pays différent – d’un trek au Ladakh par rapport à un trek en France ? Est-ce qu’il y a des choses qui sont vraiment différentes, à part que ça ne se passe pas au même endroit ? Est-ce qu’il y a des particularités ?

Alex Le Beuan : Alors, si vous voulez, on est sur une extension, enfin sur l’extrême nord-ouest du plateau tibétain donc déjà la grande différence c’est qu’on est en haute altitude tout de suite.

François Jourjon : D’accord.

Alex Le Beuan : On a beaucoup de cols à plus de 5000 qui sont des cols de trekking, on n’est pas dans l’alpinisme.

François Jourjon : Oui d’accord.

Alex Le Beuan : Donc il y a cette notion de haute altitude. Il y a aussi cette notion de « grands paysages » de « grands espaces », qu’on n’a pas dans les Alpes ou les Pyrénées, ni le Massif central par exemple en France. Puisqu’on est sur le plateau, on est parfois proche de paysages types de ce qu’on va rencontrer en Mongolie, mais en beaucoup plus haut et avec d’immenses sommets. Et par ailleurs en termes de paysages, on est sur des paysages très arides, c’est un désert d’altitude, c’est un désert himalayen avec quelques oasis, villages par-ci par-là.

François Jourjon : D’accord, et là vous avez parlé de cols assez hauts, est-ce que du coup vous êtes obligés de demander aux personnes d’êtres acclimatées un petit peu avant ou ça fait partie du trek aussi, vous faites l’acclimatation pendant le trek ?

Alex Le Beuan : Alors, c’est quand même plus simple que sur des régions comme le Solukhumbu, l’Everest ou les Annapurnas au Népal, puisqu’on est sur des vallées plus larges et si vous voulez on n’est pas obligés de suivre les paliers de manière à ne pas avoir un mal aigüe des montagnes. On peut quand même marcher pas mal d’heures dans la journée, parce qu’on n’a pas des pentes aussi raides que sur le sud de l’Himalaya.

Néanmoins, l’arrivée à 3500 mètres à Leh peut poser problème de temps en temps et du coup c’est la raison pour laquelle on a systématiquement – puisque ce sont des vols qui arrivent le matin sur Leh – on a systématiquement la première journée à un rythme très cool, on se repose. Et le lendemain et le surlendemain, on a des visites de monastères dans la région de Leh autour de 3500 m avec des courtes marches qui permettent de bien s’acclimater avant de commencer le trek proprement dit.

François Jourjon : D’accord, parce qu’à 3500 m il y a des personnes qui souffrent du mal aigüe des montagnes. Même en dessous, à 3000 m, j’ai déjà vu des personnes qui avaient du mal à dormir.

Alex Le Beuan : Tout à fait.

François Jourjon : Du coup, là, peut-être pour se recentrer un peu plus, donc là il n’y a pas d’agence au Ladakh ? L’agence qui s’occupe des treks au Ladakh elle est à New Dehli ?

Alex Le Beuan : On a notre agence en conseils voyages, en vente, qui se trouve à Dehli. En revanche, on a une agence de logistique qui se trouve à Leh au Ladakh. Notre propre agence, c’est une antenne où on accueille les trekkeurs et où on organise les treks proprement dits, avec les guides, avec les muletiers, avec les cuisiniers, avec toute la logistique de camping.

François Jourjon : D’accord, et est-ce que vous travaillez toujours avec les mêmes personnes, vous travaillez avec des locaux, est-ce que vous travaillez aussi avec des étrangers ?

Alex Le Beuan : Tout l’aspect accompagnement, c’est-à-dire les muletiers, les guides et les cuisiniers sont locaux. Ceci dit, on a aussi des cuisiniers qui sont népalais parce que les népalais sont très bons cuisiniers de trekking depuis des années, bien avant même que le Ladakh s’ouvre au tourisme en 1974 d’ailleurs.

Et du coup il y a pas mal de népalais qui viennent travailler à la saison au Ladakh parce qu’au Népal, dans la plus grande partie du Népal, c’est la mousson et donc il n’y a plus beaucoup de treks. Mais donc on a principalement des locaux. En revanche, pour le conseil voyage, pour la vente et pour l’accueil, on a aussi des français dans l’équipe Shanti Travel.

François Jourjon : D’accord, donc vous avez beaucoup de clients français, ou est-ce que vous essayez d’offrir les treks à un autre public, dans d’autres pays ? Est-ce que vous avez cette possibilité ? Ou vous vous centrez sur la France surtout ou sur les francophones ?

Alex Le Beuan : Ce sont essentiellement des francophones, mais on a aussi de plus en plus de voyageurs anglophones et germanophones.

François Jourjon : D’accord, très bien. Et bien merci en tout cas, je pense que j’ai fait un peu le tour des questions que j’avais envie de vous poser. Merci beaucoup d’avoir répondu à mes questions. Est-ce qu’il y a quelque chose que vous voulez ajouter sur le Ladakh ou peut-être sur Shanti Travel ?

Alex Le Beuan : Ben d’abord, je vous remercie de m’avoir invité, c’était très agréable d’échanger avec vous. Ce que je pourrais rajouter peut-être, c’est qu’il y a énormément de voyageurs, de trekkeurs, qui rêvent de découvrir le Tibet.

Il se trouve que le Tibet est aujourd’hui chinois, que ce n’est pas toujours facile de se rendre au Tibet et la situation n’est pas toujours très bonne pour les tibétains eux-mêmes. Et la chance du Ladakh, c’est que c’est un petit Tibet, mais c’est un Tibet libre où le gouvernement indien non seulement autorise mais favorise la culture tibétaine, ladakhie – que ce soit sur le plan linguistique, culturel, religieux. Et donc on est au Tibet, mais dans un Tibet libre.

François Jourjon : D’accord, et d’ailleurs d’où vient le nom « petit Tibet » originellement ?

Alex Le Beuan : En fait, si vous voulez, c’est la même culture. Les ladakhis parlent un dialecte tibétain, il y a énormément de mélanges. Des tibétains qui se sont mariés avec des ladhakis et vice-versa. C’est vraiment la même culture.

Simplement, ils sont coupés par une frontière purement politique et non pas géographique et culturelle ou religieuse. Et le fait qu’on l’appelle le petit Tibet, c’est parce que c’est une région qui doit faire en superficie pas plus du cinquième du Tibet, mais qui lui ressemble énormément.

François Jourjon : D’accord très bien. Et ben merci beaucoup Alex pour cette interview, c’était très intéressant surtout pour les personnes qui s’intéressent au Ladakh, et puis bonne continuation.

Alex Le Beuan : Merci beaucoup et j’espère à bientôt.

François Jourjon : Oui ça marche.

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  19 commentaires à “[Interview] A la découverte du Ladakh avec Alex Le Beuan de Shanti Travel”

Commentaires (18) Pingbacks (1)
  1. Salut François,

    Je trouve l’idée très sympa, et cela donne envie en plus… Merci pour cet interview!!!

    Yann

  2. cela donne envier d’y aller, est ce que c’est honéreux, merci pour cette balade

    • Bonjour Jacqueline,

      Aucune idée en ce qui concerne les tarifs, que ce soit pour les vols ou pour les treks organisés.

      A bientôt,
      François

      • Bonjour,

        Merci de l’interet que vous portez pour les treks au Ladakh.

        Il faut compter entre 1000 Euros pour 15 jours et 1500 Euros pour 3 semaines tout compris sur place. A cela il faut ajouter 600/700 Euros pour le vol international.

        Je suis a votre entiere disposition pour tout complement d’information.
        alex@shantitravel.com

        Bien a vous,

        Alex
        directeur de Shanti travel

  3. Merci pour ces intéressantes informations. (à poursuivre)

  4. merci pour ces informations, c’est intéressant.

  5. le ladakh ,j’en reve depuis des années et cela fait 2 ans que je recule le projet ,mais a 65 ans maintenant ,j’ai peur de ne plus pouvoir y arriver ,tous ces renseignements sont bien utiles ,rassurants ,mais partir seule est ce bien raisonnable !!!

  6. Magnifique pays ; merci. On reverra d’autres de ces idées avec plaisir.
    D’accord (lol sur cet amusant tic verbal) François !

    • Bonjour,

      Je me rends compte de ce tic à chaque fois que je fais les montages audios. J’essaye de faire un effort, mais j’ai tendance à complètement oublier pendant les interviews. 😉

      A bientôt,
      François

  7. Je voyage rien qu’en écoutant ce type d’interviews!
    Merci!

  8. Bonjour,

    Super c’est cool à refaire, dommage qu’il y a pas les tarifs.

  9. Bonsoir,
    Côté rêves, c’est réussi François….
    Je souhaite pouvoir vivre un jour ce type d’expériences.
    En attendant merci pour cet interview à consommer sans modération.

  10. Merci pour cette vidéo et ce partage, mais hors sujet pour moi par rapport au blog…

  11. Je trouve bien cet interview, comme je trouve bien des idées de randonnées en général. Mais comment as tu trouvé cette agence? Beaucoup font la même chose, même de France. Cependant je préfère le compte rendu/Topo d’un Trek vraiment réalisé, un peu comme le GR20.

    • Bonjour Christian,

      Je n’ai pas « trouvé » cette agence (je n’ai d’ailleurs jamais testé de trek chez eux). J’ai été contacté et on a ensuite décidé de faire une interview car j’avais déjà entendu Alex intervenir ailleurs et j’avais trouvé cela intéressant.

      A bientôt,
      François

  12. Merci François pour cet interview. Cela me donne le goût d’y aller même si j’ai 67 ans car je suis en très bonne condition physique. Pour l’instant, je me prépare pour une grande randonnée en juillet à 5895 m.

    J’encourage Kiki à réaliser son rêve.

  13. Bonjour François,

    Podcast très intéressants, bien construits! Interviews enrichissantes…MAIS: vos « d’accord » à répétition… Lourdingue! Sinon sur le fond c’est top! Bon courage!

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